Commentaire:
Si j'ai trop de pommes tandis que mon voisin dispose d'un excès de bois, il est envisageable de procéder à un échange mutuellement profitable: chacun cède quelque chose dont il n'avait pas l'utilité pour acquérir quelque chose qui lui servira. Ce mécanisme s'arrêtera lorsque toute possibilité d'échanges mutuellement avantageux aura disparu. Par exemple, si un autre de mes voisins souffre de botulisme et a besoin de mes pommes, sans avoir rien à m'offrir en échange, il faudrait que je me défasse d'un bien qui m'apporte de la satisfaction sans rien obtenir en échange. Mon sort se détériorerait et l'opération ne se fera donc pas (sauf si le fait d'être le bienfaiteur de mon voisin m'apporte une satisfaction au moins aussi grande que celle de consommer mes pommes).
L'optimum, au sens de Pareto (économiste et sociologue italien, successeur de Walras à l'université de Lausanne où il enseigna de1893 à1923), est atteint lorsqu'il n'est plus possible d'effectuer des échanges mutuellement profitables. On remarquera que l'optimum au sens de Pareto (on parle aussi d'optimum parétien) ne s'intéresse pas à la répartition initiale des richesses. Si j'ai beaucoup de pommes et que mon deuxième voisin n'en a aucune, et n'a rien d'autre, c'est triste, mais c'est ainsi: il n'est évidemment pas question de procéder à des comparaisons interpersonnelles, c'est-à-dire à se demander si, tout compte fait, l'amélioration potentielle du sort de mon voisin malade ne serait pas mille fois plus importante que la détérioration de mon propre sort, si l'on décidait de me prendre de force la pomme que je ne veux pas céder pour la donner à mon voisin qui en a tant besoin. Sans doute, la fortune de M. Rockefeller, ou celle de Mme Bettencourt, si elles étaient réparties entre tous ceux qui crèvent de faim, procurerait certainement plus de bien-être à ces milliers de personnes que la déception de nos deux riches et de leurs familles ne réduirait le bien-être de ces derniers. Mais ce point de vue, qui est celui qui inspire les révolutions, n'a pas cours chez les économistes libéraux: la répartition des revenus et des patrimoines est une situation de fait, l'optimum vise à améliorer cette situation au bénéfice de tous et au détriment de personne, pas à faire des heureux en créant des perdants.
A lire également:
Denis Clerc, «L'économie du bien-être (ou économie du choix social)», hors-série pratique n°31 d'Alternatives Economiques, novembre2007. - cliquez ici.