Sentiment de satisfaction éprouvé par une population vis-à-vis de ses conditions d'existence. Dans l'analyse économique dominante, le bien-être est assimilé à une augmentation de l'utilité retirée par chaque acteur de sa participation à l'activité économique. Très longtemps identifié avec le pouvoir d'achat ou l'aisance matérielle personnelle, le bien-être est désormais analysé comme dépendant aussi de dimensions sociales et qualitatives: la sécurité vis-à-vis de l'emploi, la qualité de l'environnement, l'accès aux soins, la formation, la cohésion sociale (et plus largement la qualité des biens collectifs) et l'existence de moindres inégalités participent largement au sentiment de bien-être, tandis que l'augmentation du pouvoir d'achat se paye d'un prix parfois élevé en termes sociaux ou environnementaux, mais aussi en termes d'exigences (efficacité, mobilité, stress...) ou de frustrations pour ceux qui ne peuvent suivre, si bien qu'elle peut même parfois être perçue comme un obstacle au bien-être.
Commentaire: L'économie du bien-être (welfare economics) est née au début du XXesiècle, sous l'impulsion initiale de Vilfredo Pareto puis d'Arthur Cecil Pigou. Le premier a tenté de montrer que la concurrence pure et parfaite, en permettant aux prix de révéler l'utilité des consommateurs, permettait également de la maximiser. Le second a montré que l'Etat devait cependant jouer un rôle, en faisant en sorte que les prix reflètent le coût socialpar un système de taxes et de subventions d'un montant égal aux effets externesnégatifs (dans le cas des taxes) ou positifs (dans le cas des subventions). Mais dans les deux cas, l'Etat ne devait pas se mêler de redistribuer les revenus, car l'utilité des perdants et celle des gagnants ne sont pas comparables. Kenneth Arrow et Gérard Debreu (tous deux prix de sciences économiques de la Banque de Suède en mémoire d'Alfred Nobel, respectivement en 1972 et 1983) ont établi ce qu'il est désormais convenu d'appeler les «théorèmes du bien-être»: en concurrence parfaite, tout équilibre général est un optimum de Pareto et réciproquement (on ne peut améliorer le bien-être d'un agent sans détériorer celui d'un autre). Mais comme la concurrence n'est jamais parfaite dans le concret, ces «théorèmes» relèvent plutôt d'un raisonnement idéaliste («si tout le monde s'aimait, la société serait parfaite»). Jean Gadrey, «Croissance, bien-être et développements durables», Alternatives Economiques n°266, février2008. - cliquez ici. Jacques Généreux, «La quête illusoire d'une fonction de bien-être social», Alternatives Economiques n°218, octobre2003. - cliquez ici.