Affaire Kerviel : un procès à 4,9 milliards
Christian Chavagneux
Alternatives Economiques n° 292 - juin 2010
Jérôme Kerviel, l'ancien trader de la Société générale, comparaîtra du 8 au 23 juin prochain devant le tribunal correctionnel de Paris pour répondre de la perte de 4,9 milliards d'euros subie par son entreprise du fait de ses paris hasardeux.
L'affaire démarre après qu'une stratégie gagnante lui a permis de réaliser un gain d'un milliard et demi en 2007. Il décide de le dissimuler en partie pour le reporter sur l'année suivante, afin de remplir facilement les objectifs que lui assignera sa hiérarchie pour 2008. Mais il accumule également par la suite d'énormes positions perdantes, qu'il dissimule aussi. Lorsque la banque découvre le pot aux roses, elle décide de "déboucler" immédiatement ces positions très risquées, engendrant du coup la perte colossale de 4,9 milliards d'euros, compte tenu des conditions défavorables qui prévalaient alors sur les marchés.
Dans un livre récent (voir page 85), Jérôme Kerviel avoue son plaisir de participer à l'excitation des marchés et reconnaît la dissimulation de ses paris perdants. Mais il affirme que ses supérieurs étaient au courant et qu'il a agi dans le cadre des zones grises tolérées dans les salles de marché, où on lâche volontiers la bride aux traders tant qu'ils restent de "bonnes gagneuses". La banque ne reconnaît pour sa part aucune responsabilité et considère qu'elle a été abusée par son employé dont les paris fous (50 milliards d'euros à un moment où la Société générale valait en Bourse autour de 35 milliards) auraient pu avoir des conséquences dramatiques pour l'établissement et ses employés. La justice devra trancher entre les deux versions.
Christian Chavagneux
Alternatives Economiques n° 292 - juin 2010
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