Afrique : Sarkozy sous le feu des critiques
Karthala (204 p., 18 euros)
La Découverte (348 p., 22 euros)
Plon (215 p., 19 euros)
Yves Hardy
Alternatives Internationales n° 041 - décembre 2008
Après avoir suscité La colère de nombreux Africains, le discours prononcé à Dakar par Nicolas Sarkozy le 26 juillet 2007 continue à faire couler beaucoup d'encre. Deux nouveaux ouvrages rassemblent la fine fleur des historiens du continent noir et quelques intellectuels de l'Hexagone pour réfuter par le menu les "thèses éculées" et la "collection de stéréotypes" de la "triste homélie" présidentielle.
L'ouvrage publié chez Karthala a la bonne idée de reproduire in extenso, en annexe, ce fameux discours écrit par la "plume" élyséenne, Henri Guaino. On peut ainsi se remémorer quelques phrases définitives: "Le drame de l'Afrique, c'est que l'homme africain n'est pas assez entré dans l'histoire… Jamais il ne lui vient à l'idée de sortir de la répétition pour s'inventer un destin."
Adame Ba Konaré s'insurge contre cette vision d'une Afrique "anhistorique", car ce continent, comme les autres, est en constante mutation: un secteur informel dynamique, des sociétés civiles qui font montre au quotidien de leur capacité d'adaptation aux crises. D'autres rappellent que les Africains furent parmi les premiers peuples au monde à maîtriser la métallurgie du fer, à domestiquer les bovidés ou à briller dans l'art de la céramique. Drissa Diakité, professeur à l'université de Bamako, fait écho à l'étonnement des explorateurs. Ainsi l'Ecossais Mungo Park, à la fin du XVIIIe siècle, se déclare émerveillé en découvrant Ségou: "L'aspect de cette grande ville, ces nombreux canaux qui couvraient la rivière, cette population active, les terres cultivées qui s'étendaient au loin à l'entour me présentaient un tableau d'opulence et de civilisation que je ne m'étais pas attendu à rencontrer dans le centre de l'Afrique."
Elikia M'Bokolo a trouvé un précédent prestigieux au "discours désuet" de Dakar: les envolées lyriques d'un Victor Hugo, lors d'un banquet républicain, le 18 mai 1879: "L'Afrique n'a pas d'histoire… Au XIXe siècle, le Blanc a fait du Noir un homme; au XXe siècle, l'Europe fera de l'Afrique un monde…" Si Sarkozy n'est pas Hugo, une question pourtant taraude: pourquoi, cent trente ans plus tard, en sommes-nous toujours au même point? Réponse à l'unisson: l'arrogance présidentielle est le reflet d'un discours ambiant catastrophiste sur l'Afrique. Particulièrement visées, les thèses "afropessimistes" du livre Négrologie de Stephen Smith sont qualifiées de "littérature négrophobe" par Adame Ba Konaré.
Dans leur dernier ouvrage, Antoine Glaser et Stephen Smith précisément ne reviennent pas sur la polémique. Ils préfèrent pointer le décalage entre la pléthore de commentaires provoqués par la "rhapsodie de poncifs" de Dakar et "le silence" des médias au sujet de la seconde étape du voyage, Libreville, où le président fait allégeance au "clan gabonais". Bref, si "rupture" il y a, c'est avec les promesses du candidat Sarkozy, qui déclarait à Cotonou, le 19 mai 2006: "Il faut débarrasser la relation franco-africaine des réseaux d'un autre temps." Aujourd'hui, Me Robert Bourgi, grand ami d'Omar Bongo et "icône de la diplomatie parallèle", est de nouveau bien en cour à l'Elysée. Comme hier, son maître, Jacques Foccart.
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