Alerte aux combinaisons
Isabelle Mahiou
Santé & Travail n° 059 - juillet 2007
Deux chercheurs bordelais en santé au travail, Alain Garrigou et Isabelle Baldi, ont alerté les autorités sanitaires en avril dernier sur le manque d'efficacité de combinaisons recommandées par les institutionnels de la prévention pour se protéger des produits phytosanitaires.
Des tests, réalisés par un laboratoire agréé, ont révélé que, pour toute la gamme d'herbicides d'un grand laboratoire, du produit pur déposé sur le tissu des combinaisons passait au travers en une minute. Sous forme diluée, la perméation se faisait en moins de dix minutes. Pourtant, ces combinaisons de type 4 (étanches aux pulvérisations) répondent aux normes.
Malentendu. Recommandés pour l'agriculture, ces équipements de protection ont en fait été conçus pour l'industrie: la niche du marché agricole (4%) serait en effet trop petite pour que les industriels développent des modèles spécifiques à ce milieu. Et il semble que les fabricants ne les testent pas avec des produits phytosanitaires. "Il y a un malentendu sur la norme et son contenu. La norme donne une liste indicative de produits tests, où n'apparaissent pas de pesticides. Or aucun matériau ne résiste contre tous les produits", explique Philippe Dubuc, contrôleur à l'inspection du travail du Var et spécialiste du risque chimique.
Autre problème: du côté des producteurs de pesticides, les fiches de données de sécurité donnent peu d'indications sur les équipements de protection individuels (EPI) à utiliser. Par exemple, celle établie pour un fongicide contenant du folpel, classé nocif, indique au paragraphe ad hoc: "Porter un vêtement de protection." Sans autre précision. "C'est un manquement grave passible de sanctions, accuse Philippe Dubuc. Ni les fabricants d'EPI ni les producteurs de pesticides ne produisent une information loyale."
Difficile alors pour l'utilisateur de s'y retrouver. "Ce n'est pas à lui qu'il revient de développer une expertise pour décrypter les notices", reconnaît Patricia Le Frious, chargée d'études sur les EPI à la direction générale du Travail, qui plaide pour une remise à plat concertée de la manière de concevoir les combinaisons et de les tester.
A la Mutualité sociale agricole (MSA), responsable de la prévention, le Dr Jean-Louis Dupupet, médecin conseiller en charge du risque chimique, se dit "interpellé" par cette alerte, mais reste prudent: "On est dans le questionnement pour le moment: il faut vérifier, faire des contrôles, mais il va y avoir un travail avec les ministères, les organismes de recherche…"
Article issu du dossier Pesticides : menace sur les agriculteurs !
Isabelle Mahiou
Santé & Travail n° 059 - juillet 2007
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