Allemagne: des sondages orientés
Alternatives Internationales n° 045 - décembre 2009
"Si vous menez de vraies enquêtes, si vous appelez des gens, si vous faites vos propres recherches et persistez au lieu de lâcher l'interviewé à la première réponse, alors vous êtes, économiquement parlant, un vrai idiot." C'est ainsi que Tom Schimmeck, ancien rédacteur de l'hebdomadaire Der Spiegel, résume les inquiétudes exprimées par de nombreux journalistes outre-Rhin devant les difficultés croissantes à traiter correctement l'information. En cause, la crise du modèle économique des médias, qui oblige les rédactions à réduire les effectifs et à baisser les tarifs des pigistes. Une étude de l'université de Leipzig a chronométré le travail de quelque 230 journalistes: en moyenne, la recherche d'information leur prenait 1 heure 48 minutes et la vérification des sources seulement 11 minutes par jour. Cette évolution entraîne selon Schimmeck un pouvoir accru des lobbies et des agences de communication sur le débat public. Récemment, l'association LobbyControl a découvert que Deutsche Bahn (l'équivalent de la SCNF) a payé 1,3 million d'euros à des organisations qui se présentent comme des think tanks et dont la mission a été tantôt de "prouver" le soutien de l'opinion à la privatisation de l'entreprise, tantôt de défendre la position de la direction dans un conflit qui l'opposait au syndicat des conducteurs des trains. Dans les sondages diffusés, les questions étaient en fait biaisées de façon à orienter l'interviewé vers la "bonne réponse".
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