Arrêtée en Algérie pour avoir réclamé du travail


Lakhdar Benchiba
Alternatives Internationales n° 052 - septembre 2011
couverture
Europe : comment l'extrême-droite profite de la crise
— septembre 2011 —

Le 16 mars 2011 à Mostaganem, une ville de l'Ouest algérien, alors que les vents tunisiens inquiètent les autorités, des policiers, dans un excès de zèle et de nervosité, arrêtent Dalila Touat, 35 ans, militante au sein du Comité national pour la défense des droits des chômeurs. Son tort ? Deux jours plus tôt, elle distribuait des tracts d'une association de défense des droits de chômeurs dont elle était membre. Elle avait bien vu que des hommes la suivaient mais, certaine de ne pas être importante, elle n'y avait pas prêté attention. C'est en se rendant à la Poste qu'elle se fait embarquer par trois " civils ". Pendant les vingt-quatre heures de garde à vue, cette diplômée en physique qui ne " fait pas de politique " et qui ne revendique que le " droit à un poste de travail " découvre ce que " kafkaïen " veut dire. L'interrogatoire est courtois, au début. Puis, elle a droit au bureau du commissaire qui lui fait la morale sur le mode " il faut d'abord élever nos enfants avant de revendiquer ". Dalila explique qu'elle est diplômée depuis huit ans et qu'elle ne trouve pas de travail. Changement de décor. Au commissariat central, le ton n'est plus courtois. Le commissaire l'accuse d'inciter à des rassemblements " non armés ", on lui pose des questions sur tout et n'importe quoi. " J'avais l'impression d'être une délinquante. Une criminelle ", raconte-t-elle. Dalila a ensuite droit au directeur de la Sûreté, qui lui explique que la " conjoncture n'est pas bonne… " Elle passe la nuit en cellule. Le lendemain, elle est photographiée et fichée. On l'emmène chez le procureur adjoint pour une longue audition. Dalila en sort avec une citation à comparaître pour le 28 avril avec comme chef d'inculpation " incitation à un rassemblement non armé par le biais de distribution de tracts ". Peine prévue : un an de prison ferme. Au procès, précédé par une forte mobilisation et une grande médiatisation, la juge constate l'absurdité des poursuites et tranche : " Rentrez chez vous, vous êtes acquittée ! " Dalila Touat sait que se battre pour du travail n'est pas une sinécure. Et elle continue.

Encadré issu de l'article Algérie : en marge du printemps


Lakhdar Benchiba
Alternatives Internationales n° 052 - septembre 2011
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