Au Cameroun de Paul Biya
Karthala (266 p., 24 euros).
Antoine de Ravignan
Alternatives Internationales n° 052 - septembre 2011
S'il s'agissait de littérature, ce livre ramènerait Ubu Roi au niveau des oeuvres de la comtesse de Ségur. Mais parce qu'il décrit la réalité, il est tout simplement terrifiant. Certes, il est notoire que le Cameroun est l'un des pays les plus corrompus au monde. Que la corruption de ses dirigeants, à commencer par son président, nourrit celle de la société et fait le lit de la pauvreté et d'une violence prête à exploser. Que les intérêts d'entreprises françaises dans ce pays aux ressources abondantes se traduisent par l'indéfectible soutien de Paris à un régime indéfendable et à son chef. Lequel, entre autres turpitudes, a fait modifier la Constitution en 2008 afin de se présenter aux élections de ce mois d'octobre, alors qu'il est au pouvoir depuis 1982. Mais si le tableau est connu dans ses grandes lignes, il ne l'est pas dans ses détails. Et c'est le très grand mérite de la journaliste Fanny Pigeaud, ancienne correspondante de Libération et de l'AFP, que de nous dire avec une incroyable précision et abondance de faits, de chiffres, de noms, ce qu'est le Cameroun de Paul Biya. Après de précieux rappels historiques qui éclairent le présent - la France porte de lourdes responsabilités -, la journaliste décortique un système mafieux, violent, où Paul Biya garde la haute main sur la distribution des postes clés afin d'acheter ses alliés et rivaux potentiels, qui à leur tour se paient sur la bête. Ce que décrit Fanny Pigeaud de ce système, prédateur et destructeur, dépasse l'entendement.
Karthala (266 p., 24 euros).
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