Cancers professionnels: mobilisation générale
Santé & Travail n° 065 - janvier 2009
Rien n'y fait. La réglementation a beau avoir progressé de façon spectaculaire, les acteurs institutionnels ont beau s'activer, lancer des plans, des campagnes, les juges ont beau se montrer plus sévères, les fédérations patronales ont beau signer des engagements avec les pouvoirs publics, on compte toujours 2,4 millions de salariés exposés à des produits cancérogènes. Soit 13,5% des salariés, selon la dernière enquête Sumer (1) réalisée par le ministère du Travail en 2003.
Evidemment, certaines catégories sociales et secteurs d'activité sont particulièrement touchés. Les ouvriers représentent 70% des salariés exposés, et on aurait tort de penser que c'est dans l'industrie chimique que le risque cancérogène est le plus important. La réparation automobile, la métallurgie, l'industrie du bois, la construction exposent au moins 35% de leurs salariés.
Faut-il pour autant baisser les bras, au motif que beaucoup, déjà, a été fait? Assurément non! D'autant que des pistes essentielles restent à explorer, comme vient de le montrer le récent rapport de l'Inspection générale des affaires sociales (Igas) sur la traçabilité des expositions professionnelles.
De notre côté, nous profitons de ce dossier pour lancer un appel à la mobilisation contre les cancers professionnels. Tout d'abord, nous estimons qu'un renforcement des moyens de contrôle de l'Inspection du travail et des services de prévention des caisses régionales d'assurance maladie (Cram) est indispensable, tout comme l'est un durcissement des sanctions à l'égard des employeurs ne respectant pas la réglementation. En effet, il ne sert à rien d'avoir l'une des meilleures réglementations des pays industrialisés si celle-ci n'est pas appliquée.
Dans le même registre, nous proposons l'interdiction ou la restriction de l'emploi de certaines substances ou procédés cancérogènes pour lesquels il existe des alternatives applicables en situation industrielle. C'est le cas, par exemple, pour le béryllium chez les prothésistes dentaires ou pour le chrome 6 dans les peintures. Il faut arrêter de jouer avec le feu.
Ensuite, cette politique répressive doit s'accompagner d'une politique incitative, notamment en direction des petites entreprises. Celles-ci n'ont pas les moyens d'assurer une prévention correcte du risque cancérogène. Une aide technique, voire financière, apportée par les Cram en direction des branches professionnelles concernées est nécessaire pour maîtriser le risque.
Par ailleurs, nous demandons la responsabilisation des donneurs d'ordre vis-à-vis des sous-traitants. Les entreprises utilisatrices ne doivent plus être en mesure de sous-traiter des travaux exposant à des cancérogènes à des entreprises extérieures… tout en incitant ces dernières à ne pas respecter la réglementation par une politique de prix et des cahiers des charges draconiens.
Enfin, nous invitons les partenaires sociaux à relancer le dialogue social sur le travail et son organisation. En effet, les salariés sont les mieux placés pour discuter collectivement des meilleures "façons de faire", permettant de minimiser les expositions aux cancérogènes et d'appliquer les mesures de prévention sans altérer ni leurs conditions de travail, ni la qualité de leur production.
Après la catastrophe sanitaire de l'amiante, nous savons que les expositions d'aujourd'hui produiront les cancers de demain. Refaire les mêmes erreurs constituerait une faute grave.
- Impliquer les salariés pour réduire les expositions
- Plus de 2 millions de salariés concernés
- Le cancer en trois questions
- Adapter la prévention au travail
- Le pari gagnant de la substitution
- Le Giscop 93 suit les cancérogènes à la trace
- Faire une place aux malades dans le monde du travail
Malgré le renforcement des obligations pesant sur les employeurs et la mobilisation des pouvoirs publics, la prévention des cancers professionnels piétine. Et si l'on misait sur l'expertise des salariés pour faire reculer les expositions?
Le risque cancérogène en entreprise, ce sont des milliers de salariés malades chaque année, des millions de travailleurs exposés et des millions de tonnes de produits en circulation. Un problème majeur qui creuse les inégalités sociales de santé.
Il n'est pas toujours facile de s'y retrouver entre toutes les informations qui circulent sur le cancer, cette maladie qui fait peur… Pourtant, quelques connaissances de base sont indispensables pour promouvoir une meilleure prévention.
La prévention du risque cancérogène repose en général sur le respect de valeurs limites ou sur des équipements de protection. Des mesures peu efficaces sans une analyse préalable de l'activité, car inadaptées aux conditions réelles d'exposition des salariés.
Certaines entreprises ont essayé avec succès de substituer aux cancérogènes des produits moins nocifs sans y perdre économiquement. Cette démarche est néanmoins complexe et exige une aide technique, proposée par la Sécurité sociale.
En retraçant les parcours professionnels de salariés atteints de cancers, l'équipe scientifique du Giscop 93 a non seulement rendu visible le risque cancérogène en entreprise mais aussi créé un réseau militant pour sa prévention en Seine-Saint-Denis.
Pour Noëlle Lasne, médecin du travail, le maintien dans l'emploi des salariés atteints d'un cancer dépend en dernier ressort de la volonté des employeurs de bousculer l'organisation du travail. Elle témoigne de son expérience en la matière.
(1)
Pour "Surveillance médicale des risques".Santé & Travail n° 065 - janvier 2009
Notes
(1)
Pour "Surveillance médicale des risques".-
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