Comment une entreprise d'insertion essaime à travers la France
La lettre de l'insertion n° 127 - juillet 2006
« Nous souhaitions nous agrandir pour assurer notre survie. Nous ne pouvions plus tellement développer notre activité sur notre site d'origine. Nous avons donc souhaité nous dupliquer », raconte Kenny Bertonazzi, directeur général de Step. Cette entreprise d'insertion (EI), créée à Pau en 2001, s'est spécialisée dans la numérisation et la gestion électronique de documents, activité tertiaire jusque-là inédite dans les structures de l'insertion par l'activité économique (IAE). Dans les mois à venir, plusieurs entreprises d'insertion développant la même activité devraient voir le jour à travers la France, sous forme d'antennes directes de Step à Bordeaux et à Toulouse, ou sous forme de franchises, comme à Lens, Montpellier, Marseille et Bourges. « A travers ces duplications, notre objectif n'est bien sûr pas de nous enrichir, précise Kenny Bertonazzi. Nous souhaitons créer une sorte de réseau, un cadre d'échanges, afin de renforcer notre visibilité, de réaliser des économies d'échelle et, pourquoi pas, de partager des marchés qu'une structure unique ne pourrait pas assumer seule. »
Le Réseau Entreprendre soutient la duplication
Si les projets d'essaimage de Kenny Bertonazzi ont pu se concrétiser, c'est parce qu'il en a parlé autour de lui. A Montpellier et à Marseille, des acteurs de l'IAE lui ont fait savoir qu'ils aimeraient participer à la création de franchises sur leur territoire. Dans d'autres cas, Step a reçu l'appui du Réseau Entreprendre, qui souhaitait précisément soutenir la duplication d'entreprises d'insertion. Ce réseau fédère 35 associations Entreprendre, dont la première a été créée il y a vingt ans, qui sont aujourd'hui réparties sur toute la France. Chacune d'entre elles regroupe des employeurs adhérents désireux d'accompagner la création de petites entreprises sur leur territoire. En 2003, le réseau a créé un programme « Entreprendre autrement », qui vise à accompagner spécifiquement la création de 100 EI et entreprises adaptées d'ici à fin 2007 (1). « Nous avions constaté que ce type d'entreprises créait deux fois plus d'emplois que les entreprises classiques, et nous souhaitions contribuer à leur développement, explique Frédéric Fourgous, délégué régional Sud-Ouest au programme Entreprendre autrement. Par l'intermédiaire de nos entreprises adhérentes, nous avons donc cherché à identifier des entreprises d'insertion dont le modèle social fonctionnait bien, mais qui étaient également viables d'un point de vue économique, et de leur proposer notre appui. » Adour Entreprendre, membre du réseau, entre rapidement en contact avec Step, qu'elle repère comme l'une de ces entreprises ayant su concilier utilité sociale et performance économique. Sur 24 salariés, Step compte en effet aujourd'hui 12 salariés en insertion, travaillant sur des postes d'opérateurs de numérisation ou de coordinateurs de dossier. L'accompagnement assuré par le responsable insertion de l'entreprise, Mohamed Jaballah, permet aux deux tiers de ces salariés de sortir de Step sur des contrats à durée indéterminée, à durée déterminée de longue durée ou sur des formations qualifiantes. En même temps, grâce à un positionnement original, sur une activité à fort potentiel de développement et à forte valeur ajoutée (car complétée par une activité d'audit, de conseil et d'ingénierie informatique), Step a atteint un chiffre d'affaires de 726 000 euros en 2005 et a même dégagé un résultat net légèrement excédentaire (dont la moitié est redistribuée aux salariés au titre de l'intéressement et l'autre moitié incorporée en réserve).
Step et le Réseau Entreprendre ont donc défini ensemble le profil des personnes qui seraient chargées de porter les projets de création de franchises (des personnes réunissant une fibre sociale, des qualités commerciales et des connaissances techniques), et se sont mis à leur recherche sur des régions qui ne seraient pas en concurrence territoriale avec Step. A Lens, en particulier, l'ensemblier d'insertion Ardense fait savoir que le projet l'intéresse et qu'il souhaiterait développer une franchise de Step en son sein. Alors délégué régional Nord du programme Entreprendre autrement, Christophe Devred se propose pour être le porteur de projet. Sa candidature est validée par le Réseau Entreprendre et par Step, puis il se lance dans une étude de faisabilité. L'objectif : vérifier que le modèle d'entreprise est duplicable sur le territoire. « Il ne s'agit pas seulement d'une étude de marché, précise Christophe Devred. Nous devons également monter un business plan, déterminer de quel type de matériel et de quels moyens nous aurons besoin, entrer en négociation avec les banques, trouver d'autres sources de financement, etc. ». Pour mener à bien cette étude, le porteur de projet peut bénéficier d'un « fonds de confiance », abondé par France Active, et doté au maximum de 20 000 euros, représentant au plus 50 % du coût de l'étude. « Pour financer le reste de l'étude, nous pouvons nous adresser aux directions départementale et régionale du travail, au conseil régional ou général, au fonds départemental d'insertion ou encore au dispositif local d'accompagnement », note Christophe Devred.
Des franchises aidées et accompagnées
Une fois l'étude réalisée, le projet est validé (ou non) par le Réseau Entreprendre, qui peut décider d'octroyer au porteur de projet un prêt d'honneur de 15 000 à 45 000 euros, sans intérêt, remboursable sur cinq ans. « Ce prêt est une précieuse aide au démarrage, car il peut avoir un important effet de levier sur les banques », observe Frédéric Fourgous. Par la suite, le porteur de projet bénéficie, pendant trois ans, de l'accompagnement d'un chef d'entreprise adhérent du réseau, qui se porte volontaire pour lui prodiguer aide et conseils de façon régulière. Ce chef d'entreprise n'a pas forcément d'expérience dans l'insertion, l'idée étant surtout d'apporter un savoir-faire en matière de création d'entreprise. Parallèlement, le porteur de projet bénéficie également du soutien et de l'expérience de Kenny Bertonazzi, le directeur de Step, grâce à des journées d'échange financées par le dispositif « Transfert de savoir-faire » de l'Avise (voir encadré).
Chacune des franchises créées sur le modèle de Step sera tenue de signer un contrat d'essaimage avec l'entreprise mère. Un contrat qui déterminera les règles que ces nouvelles EI devront respecter en échange de l'utilisation du nom et du savoir-faire de Step : notamment l'obligation de respecter le projet social de l'entreprise, l'interdiction de se faire concurrence, ou la volonté de réaliser des économies d'échelle, par une mutualisation des fonctions administratives, de l'ingénierie informatique, des achats, etc. A terme, Kenny Bertonazzi souhaiterait également que des salariés passés en contrat à durée déterminée d'insertion (CDDI) dans la maison mère puissent aller travailler, sous des contrats de travail classiques, dans les entreprises franchisées, pour leur apporter le savoir-faire qu'ils ont acquis à Step.
Camille Dorival
(1) Ensuite, chaque association Entreprendre pourra développer le programme en son sein.
Transférer son savoir-faire
Le dispositif « Transfert de savoir-faire » a été créé
il y a près de quinze ans par l'Agence de valorisation des initiatives socio-économiques (Avise).
Grâce à lui, des porteurs de projet de l'insertion
par l'activité économique, et plus largement
de l'économie sociale, peuvent bénéficier,
pendant une à cinq journées, de l'expérience
et des compétences d'un entrepreneur expérimenté issu de ces secteurs. La rémunération de
la personne-ressource est prise en charge par l'Avise, notamment grâce à un partenariat
avec la Caisse des dépôts et consignations.
Renseignements : www.avise.org ou Martine Calvo, tél. : 01 53 25 02 22,
courriel : martine.calvo@avise.org
ZOOM
OPÉRATEURS
Réseau Entreprendre, contact : www.reseau-entreprendre.org ou Philippe Poullet, délégué national au programme Entreprendre autrement,
courriel : ppoullet@reseau-entreprendre.org Step, contact : Kenny Bertonazzi,
tél : 05 59 14 78 79,
courriel : kbertonazzi@step-sa.fr
PRINCIPE
Dupliquer un modèle d'entreprise d'insertion sur différents territoires
à travers la France, afin de réaliser
des économies d'échelle et de gagner
en visibilité.
La lettre de l'insertion n° 127 - juillet 2006
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