Conception des process et des moyens de production
François Desriaux
Dossier Web n° 067 - juin 2008
Les moyens de production ont un impact considérable sur les conditions de travail et les risques de TMS. Les choix qui définissent la part respective de l'automatisation et du travail à la main sont déterminants.
Le processus de production ne se limite pas aux zones où l'on fabrique. Les secteurs de préparation, d'emballage, de mise en conteneurs doivent être aussi objets d'attention.
Les espaces de travail, les modes d'implantation, la circulation des flux vont également influencer les conditions de travail.
Il est courant d'entendre que l'automatisation arrangera tout: postures pénibles, port de charges, déplacements… Si cela est vrai dans de nombreuses situations (à condition de faire l'impasse sur les éventuelles suppressions d'emplois quil'accompagnent), il n'en reste pas moins que:
- tout n'est pas automatisable et, souvent, les opérations les plus difficiles restent en charge des opérateurs;
- la proximité entre poste automatisé et poste "manuel" peut être mal supportée par les salariés concernés, car souvent c'est la machine qui "commande", en imprimant son rythme;
- lorsque le système tombe en panne, il faut redoubler d'efforts pour reprendre à la main ce que l'automatisme est censé faire. Dans certaines situations, cela suppose de sortir les pièces avant le poste automatique, puis d'effectuer l'opération à la main et, enfin, de réintroduire ces pièces dans des conditions non étudiées la plupart du temps.
Le principe du flux tendu, mis en place dans de nombreuses entreprises, a souvent pour conséquence de réduire les espaces de stationnement des pièces entre les postes de travail. Pourtant, la suppression des encours en amont et/ou en aval des postes est préjudiciable à la régulation de la charge de travail individuelle. En perdant cette marge de manoeuvre (possibilité d'aller plus vite ou de ralentir sa vitesse, dans le but de trouver quelques moments d'autonomie), les salariés sont beaucoup plus assujettis au processus.
Comme l'automatisation, les aides à la manutention ont été mises en place notamment pour soulager les salariés des tâches difficiles et souvent ingrates. Toutefois, il est fréquent d'observer l'inadaptation de ces aides.Les salariés estiment finalement qu'il est plus pratique et plus rapide de les neutraliser et de reprendre les manutentions à la main.
Lorsqu'elles fonctionnent et sont bien acceptées, d'autres questions peuvent se poser, en cas de panne, par exemple. Celles-ci sont rarement prévues et peuvent engendrer des situations dégradées.
Avec les moyens de production mis en place ces dernières années, les salariés ont un cycle de travail davantage lié au flux de production, aux collègues situés en amont et en aval, aux passages des clients (caisses de supermarché), aux appels entrants ou sortants (centre téléphonique). C'est ce qu'on appelle la dépendance organisationnelle. Celle-ci peut être plus ou moins importante, mais les enquêtes montrent que plus elle s'accroît, plus l'occurrence d'apparition de TMS augmente.
Le process de travail industriel signifie souvent des convoyages automatiques de pièces, des postes de travail en série, des structures matérielles imposantes… D'autres milieux de travail n'exigent pas autant d'investissements productifs, mais les processus existent néanmoins. Prenons le cas des services de médecine: les infirmières ou les aides-soignantes ont des circuits obligés, des délais à respecter, des tâches précises à réaliser obligatoirement, des contraintes imposées… Ces process, moins visibles, sont pourtant prégnants et la dépendance organisationnelle n'est pas absente. Depuis quelques années, les TMS apparaissent dans ces services.
- L'analyse des postes de travail proposée dans le chapitre "Le poste de travail" doit, pour être complète, aborder la dimension du processus de travail. Ce dernier détermine fortement l'organisation du poste;
- le CHSCT doit également étendre sa réflexion à ce domaine. C'est une des conditions pour qu'il acquière une vision d'ensemble des conditions de travail;
- l'intérêt évident de l'automatisation doit être démystifié et toujours envisagé dans toutes ses dimensions: effets sur les conditions de travail ordinaires ou exceptionnelles, effets sur l'emploi, effets sur l'intérêt du travail, effets sur l'environnement direct de travail (les postes en amont et aval)…;
-à l'occasion de l'introduction de nouveaux processus de travail, le CHSCT doit émettre un avis: une occasion qu'il doit saisir pour porter un regard large et transversal sur les conditions de travail, et ce dès la phase de conception. Il ne doit pas hésiter à recourir à un expert lorsque les transformations du process sont importantes.
François Desriaux
Dossier Web n° 067 - juin 2008
-
Abonnement et réabonnement
-
J'achète un numéro -
Inscription à la newsletter -
Forfait de consultation de 30 articles pendant 48H -
Mon espace personnel















Commenter cet article





