Consensus mou ou réelles avancées ?
Camille Dorival
La lettre de l'insertion n° 149 - juillet 2008
C’est le 27 mai 2008, après six mois de débats, que Martin Hirsch a conclu les travaux du Grenelle de l’insertion. Quelques jours auparavant, les trois groupes de travail du Grenelle lui avaient remis leur rapport. Consensus mou pour les uns, réelles avancées pour les autres, leurs préconisations se divisent en quatre orientations principales, visant à réformer les politiques d’insertion et à faire évoluer les pratiques des différents acteurs.
La première de ces orientations (voir pages 2-3) recommande d’accorder un rôle plus important aux usagers dans les dispositifs d’insertion, et d’offrir un accompagnement global – à la fois professionnel et social – à tous les demandeurs d’emploi. La deuxième (voir pages 4-6) affiche l’objectif de « simplifier et décloisonner » les dispositifs d’insertion, à travers la réorganisation de leur pilotage, la simplification des contrats aidés, ou encore la réforme du mode de financement des structures d’insertion par l’activité économique (SIAE). La troisième orientation (voir pages 6-7) prône de mieux cibler les efforts de formation sur les demandeurs d’emploi et les jeunes peu qualifiés. La quatrième, enfin (voir pages 7-8), vise à « impliquer davantage les employeurs privés et publics » dans l’effort d’insertion.
Un certain nombre de ces préconisations ont été reprises dans une « feuille de route » présentée par Martin Hirsch à l’issue du Grenelle. Celle-ci détermine douze « chantiers prioritaires » sur lesquels les différentes parties prenantes – pouvoirs publics, associations, entreprises, structures de l’IAE, etc. – ont prévu d’avancer. Martin Hirsch a confié à Karine Camby, magistrate à la Cour des comptes, le soin de suivre la mise en œuvre de ces chantiers. Certaines mesures annoncées seront notamment incluses dans le projet de loi généralisant le revenu de solidarité active (RSA) et réformant les politiques d’insertion, qui doit être débattu au Parlement à l’automne 2008.
Défaut majeur de la démarche : aucune indication n’a été donnée sur les financements qui accompagneront ces mesures. Dans un contexte de restriction budgétaire et d’accent mis sur l’activation des minima sociaux, le risque est que la mise en œuvre du RSA soit jugée prioritaire au détriment du reste, et que l’IAE, les contrats aidés, l’accompagnement, la formation des publics en difficulté… soient une nouvelle fois sacrifiés.
D’autant que le Grenelle s’inscrit dans un contexte de réformes en cours. Certaines d’entre elles (généralisation du RSA, création du contrat d’autonomie dans le cadre du plan Espoir banlieues) ont été décidées sans tenir compte des discussions du Grenelle. D’autres – comme la diminution du volume des contrats aidés annoncée à l’automne dernier, ou le renforcement des sanctions à l’égard des chômeurs – peuvent même apparaître comme totalement contradictoires avec les objectifs du Grenelle. Les acteurs de l’insertion ont donc prévenu : ils sauront être vigilants pour que les bonnes intentions affichées par le gouvernement trouvent bel et bien leurs financements et leur concrétisation.
Retrouvez sur http://www.lettre-insertion.net/le-rapport-general-du-grenelle-de-l-insertion_fr_art__37204.html, le rapport général et la feuille de route du Grenelle de l’insertion.
Camille Dorival
La lettre de l'insertion n° 149 - juillet 2008
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