Des salariés mal informés des risques
Martine
Santé & Travail n° 060 - octobre 2007
L'enquête européenne de la Fondation de Dublin et une étude du ministère du Travail prochainement publiée montrent un déficit d'information et de formation en matière de santé et sécurité au travail. Malgré des risques omniprésents.
Près d'un tiers des salariés, en France, s'estiment peu ou mal informés sur les questions de santé et de sécurité au travail. Soit le plus mauvais score des pays membres de l'Union européenne. Une réalité révélée par la quatrième enquête de la Fondation européenne pour l'amélioration des conditions de travail, dite "Fondation de Dublin". En Europe, 83% des salariés se déclarent bien informés sur les risques professionnels. Un taux qui dépasse les 90% en Estonie, Hongrie et Finlande. Mais atteint à peine 69% en France. Seuls 43% des salariés sont consultés sur les changements dans l'organisation du travail, ce qui situe là encore notre pays en queue de peloton, loin derrière les Pays-Bas (83%) ou la Finlande (72%). "L'information et la communication entre travailleurs et direction en France ne semblent pas être une priorité majeure", indique le communiqué de la Fondation de Dublin qui a été diffusé lors de la présentation des résultats organisée en juin, à Paris, par l'Agence nationale pour l'amélioration des conditions de travail (Anact).
Ces mauvais chiffres sont confirmés pour la France par une seconde enquête, menée par la direction de l'Animation de la recherche, des Etudes et des Statistiques (Dares), au ministère du Travail. Les résultats ne sont pas encore publiés, mais ils apparaissent dans le document de cadrage statistique adressé aux partenaires sociaux pour préparer la conférence nationale sur les conditions de travail d'octobre. On peut y lire que seuls 19% des salariés signalent avoir reçu une information sur les risques que le travail fait courir à leur santé ou leur sécurité. La situation varie avec la taille des entreprises: 15% de salariés sont formés ou informés dans les TPE, 20% dans les PME, 40% dans les établissements de plus de 500 salariés.
Protections peu répandues. Ces nouvelles statistiques devraient donc fournir des pistes d'amélioration de la prévention. D'autant plus que, toujours selon l'enquête de la Fondation de Dublin, les salariés français sont plus exposés à certains risques physiques que leurs collègues européens. Ainsi, plus de 52% d'entre eux subissent des positions douloureuses ou fatigantes, contre 44,4% chez les Quinze et 45,5% chez les Vingt-Sept. Près de 40% doivent porter ou déplacer des charges lourdes, contre 35% en moyenne européenne. D'autres - ou les mêmes - sont confrontés au bruit, à des températures basses ou élevées, à l'inhalation ou la manipulation de substances toxiques. Pourtant, le port d'un équipement de protection est moins répandu (28%) qu'au niveau de l'Europe des Quinze (32%) ou de l'Europe élargie (34%). En revanche, la France figure dans la minorité de pays membres où la semaine de travail de 48 heures et plus touche moins de 10% des travailleurs, indépendants ou salariés. Sa moyenne hebdomadaire (35,5 heures) dépasse celle des Pays-Bas ou du Royaume-Uni, mais s'avère inférieure à la moyenne européenne (38,6%).
Au final, "la France se situe dans une position plus défavorable pour les pénibilités physiques, les contraintes techniques et les contraintes de la hiérarchie", commente Jennifer Bué, statisticienne à la Dares. Une situation qui ne semble pas trop inquiéter nos concitoyens. Seuls 27% des salariés en France considèrent que le travail a un impact sur leur santé. C'est moins qu'au niveau de l'Europe des Quinze, où le taux passe à 30%. Ou à celui de l'Europe des Vingt-Sept, où il grimpe à 35%. Maigre consolation! ??????? ??????
Martine
Santé & Travail n° 060 - octobre 2007
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