Faire la sieste pour rester vigilant

Entretien avec Béatrice Barthe, Chercheuse en ergonomie à l'université Toulouse 2
Propos recueillis par Corinne Duhamel
Santé & Travail n° 061 - janvier 2008
couverture
Horaires décalés : salariés à contretemps
janvier 2008

Nombre de salariés travaillant la nuit se ménagent un temps de sieste. Un moyen, pour eux, de préserver vigilance et performance. Chercheuse en ergonomie à l'université Toulouse 2, Béatrice Barthe plaide en faveur de l'officialisation de cette pratique.

Faire la sieste pendant son temps de travail, est-ce une pratique courante parmi les salariés en poste la nuit?

Béatrice Barthe: Il existe deux types de siestes nocturnes, c'est-à-dire de périodes de sommeil de courte durée prises pendant le poste de nuit. Le premier est formalisé et explicite: il y a un temps et un lieu prévus pour cela. En France, un tel système n'est mis en place que dans peu d'endroits. Personnellement, je ne connais que le cas des ingénieurs prévisionnistes de Météo France. La sieste nocturne reste avant tout une pratique officieuse, largement répandue dans tous les secteurs, de l'hôpital à l'aéronautique en passant par l'agroalimentaire. Certes, certaines situations de travail l'interdisent, car elles imposent de rester en permanence sur le poste - sur une chaîne de montage de composants électroniques, par exemple. Mais dès lors que le salarié dispose de marges de manoeuvre et peut s'organiser pour trouver un temps calme, ce temps de repos est pris.

En quoi cela répond-il à un besoin physiologique?

B. B.: L'homme vit le jour et dort la nuit. L'alternance veille-sommeil, comme l'ont montré depuis longtemps les chronobiologistes, obéit à un rythme dit "circadien", c'est-à-dire sur 24 heures environ, avec une baisse de la grande majorité des fonctions biologiques la nuit qui se manifeste au niveau comportemental par une baisse de vigilance. Il n'est pas simple de disposer de recherches en situation réelle de travail sur des postes de 12 heures. Pour un individu en situation de laboratoire, ce creux est localisé vers 4 heures du matin. Lorsqu'on fait les mêmes mesures en situation de travail sur un poste long, si celui-ci dure jusqu'à 7 heures du matin, le point le plus bas de vigilance est à 7 heures. La vigilance continue donc de décroître tout au long de la durée du poste. Cette baisse a des répercussions sur l'activité de travail. Les salariés vont alors trouver des moyens de régulation qui les aident à atteindre les objectifs. La sieste constitue l'un de ces moyens.

Les bénéfices de la sieste ont-ils été analysés?

B. B.: Parmi les recherches sur ce thème, beaucoup ont été effectuées au Japon, où la pratique des siestes nocturnes formalisées est très répandue, particulièrement dans l'industrie. Des études attestent les effets bénéfiques de la sieste sur le niveau de vigilance. Les personnes qui dorment une heure pendant leur poste de nuit ont un niveau de vigilance après la sieste plus élevé que celles qui n'ont pas dormi; elles ont également un meilleur niveau d'humeur. On observe aussi un effet sur les fonctions cognitives (mémorisation, raisonnement). Des tests de raisonnement logique réalisés auprès d'une population d'infirmières ont permis de constater une meilleure performance en cas d'une prise de repos. Autre résultat intéressant: une étude japonaise menée dans l'industrie chimique relève un effet bénéfique de la sieste nocturne sur le niveau de fatigue des salariés, non seulement à la fin du poste de nuit, mais encore au cours du cycle de rotation.

Les résultats de ces recherches plaident donc en faveur d'une institutionnalisation de la sieste nocturne?

B. B.: Clairement, oui. Mais il est nécessaire à présent de développer des recherches en situation de travail, afin de montrer l'impact des siestes nocturnes sur la vigilance et sur l'état de fatigue, ainsi que sur l'activité de travail, sur la qualité du travail et sur la performance.

D'un point de vue appliqué, la mise en place de telles siestes ne doit et ne peut se faire qu'après une analyse préalable et approfondie du travail. Elle implique des conditions relatives aux exigences du travail et à ses rythmes, aux effectifs et à la possibilité d'une prise de relais.

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