Guantanamo. Les dérives de la guerre contre le terrorisme Par Simon Petermann
André Versaille éditeur (230 p. 19,90 euros).
Pierre Barrot
Alternatives Internationales n° 044 - septembre 2009
Universitaire, l'auteur a visité trois fois Guantanamo dans le cadre de missions de l'OSCE. Il décrit cette "zone de non-droit" où ont été incarcérés des mineurs de 13 et 15 ans et même un quasi-centenaire; où a sévi une unité de police militaire si brutale qu'un de ses membres, jouant le rôle d'un prisonnier lors d'un exercice, a été victime de lésions cérébrales; où on a pratiqué la torture, rebaptisée "technique de contre-résistance". Le point de départ est le refus de l'administration Bush d'appliquer à Guantanamo la convention de Genève sur les prisonniers de guerre et la convention des Nations unies contre la torture, écartées au profit des documents sur mesure d'un Office Of Legal Council auquel "les militaires laissaient le soin de couvrir leur action sur le terrain". Tout cela au nom de l'efficacité dans la lutte antiterroriste. Résultat: le principal accusé des attentats du 11-Septembre, après 183 séances de waterboarding - maintien de la tête sous l'eau jusqu'à la noyade - se voit extorquer des aveux absurdes l'impliquant dans presque tous les attentats de la décennie. Le grand mérite du livre de Petermann est de garder une distance critique qui l'amène non pas à relativiser mais à resituer Guantanamo dans un contexte parfois encore plus inquiétant (les prisons secrètes de la CIA, les 5 000 arrestations de musulmans américains). L'auteur fait aussi un utile parallèle français avec la guerre d'Algérie où, déjà, la fin justifiait les moyens.
André Versaille éditeur (230 p. 19,90 euros).
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