Inventer une économie désirable


Entretien avec Bruno Genty, vice-président de France nature environnement
Propos recueillis par Manuel Domergue
Alternatives Economiques n° 289 - mars 2010
couverture
L'euro peut-il survivre à la crise ?
— mars 2010 —

Lors de son 34e Congrès, les 25 et 26 mars à Toulouse, la fédération France nature environnement (FNE) présentera des pistes pour une économie "supportable et désirable", issues d'une réflexion menée avec différents acteurs dont la CFDT, la CLCV, la Caisse des dépôts, BNP ou Lafarge, en partenariat avec Alternatives Economiques. Le vice-président de FNE revient sur cette démarche.

Sur quelles pistes a planché votre groupe de travail?

Tout d'abord, une économie aussi sobre que possible: privilégier les services et parvenir à une économie de fonctionnalité, où les entreprises ne vendent plus des biens mais des services. Par exemple, en ne proposant plus des imprimantes de mauvaise qualité mais un nombre d'impressions. Ensuite, une économie circulaire, où les déchets soient réutilisés. Enfin, une économie reterritorialisée, où l'on puisse consommer principalement des produits locaux, pour éviter les longs transports de marchandises et revitaliser les territoires.

Syndicats, consommateurs, industriels: ces acteurs parviennent-ils à s'entendre?

Tout le monde est d'accord sur le constat mais pas sur les solutions. Chez certains, par exemple, l'obsolescence programmée des produits reste tabou. Stimuler la consommation verte, c'est possible, mais prévoir l'abandon à terme des rasoirs jetables ou des sacs en plastique, c'est plus dur. Mais il y a consensus sur la notion de coresponsabilité. Nous cherchons donc le compromis, autour d'objectifs qui puissent être consensuels, dépassant les postures idéologiques et les déclarations d'intention. On peut s'entendre autour d'objectifs comme la décroissance de la consommation énergétique et la croissance de l'économie de la fonctionnalité. En revanche, si on prône la décroissance à tous crins, par exemple, c'est plus improbable.

Enfin, pour réussir la transition écologique, nous devons rendre cette perspective désirable. Il est inutile de susciter une offre de produits écolos si la demande sociale ne suit pas. C'est pourquoi nous avons besoin d'un vrai programme d'éducation populaire à la consommation soutenable. Par exemple, en valorisant certaines formes de consommation qui se développent avec la crise, comme la réutilisation de produits de seconde main ou la location plutôt que l'achat, du moins quand cela ne représente pas un recul social.

En savoir plus

www.fne.asso.fr


Entretien avec Bruno Genty, vice-président de France nature environnement
Propos recueillis par Manuel Domergue
Alternatives Economiques n° 289 - mars 2010
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