Japon : La pauvreté laborieuse enfin reconnue
Alternatives Internationales n° 046 - mars 2010
En annonçant un projet de loi visant à mieux protéger les "haken", ces travailleurs intérimaires et précaires qui peuplent de plus en plus les entreprises nippones, le premier ministre Yukio Hatoyama a voulu montrer qu'il avait entendu les critiques. Tout au long de 2009, des protestations avaient tenté d'attirer l'attention du public sur la nouvelle pauvreté laborieuse, qui a effectivement augmenté de façon brutale ces dernières années: un travailleur japonais sur six est désormais considéré comme pauvre, le plus souvent à cause des formes d'emploi temporaire qui n'offrent pas la même protection sociale qu'un CDI - par exemple, beaucoup d'intérimaires japonais cotisent trop peu pour accéder à l'allocation chômage. Depuis les réformes de 1999 et de 2004, qui ont largement dérégulé un marché du travail jusqu'alors fondé sur la stabilité, et le reclassement des travailleurs à l'intérieur de l'entreprise, ces nouvelles formes d'emploi ont explosé et concernent aujourd'hui pas loin de 40% des salariés. Dans une tentative pour faire machine arrière, le gouvernement veut désormais limiter le recours à l'intérim et obliger les agences du secteur à plus de transparence quant aux salaires des intérimaires et à leurs propres bénéfices. Reste à savoir si la tendance actuelle s'en trouvera inversée.
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