L'Allemagne paiera


Philippe Frémeaux
Alternatives Economiques n° 290 - avril 2010
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Le refus affiché par Angela Merkel de venir au secours de la Grèce est une mauvaise nouvelle pour l'Europe. Mais, pour critiquable que soit l'attitude allemande, il faut tenter d'en comprendre les raisons.

En acceptant de fondre le deutschemark dans l'euro, l'Allemagne n'a pas seulement accepté de mettre en commun le pouvoir que lui conférait la puissance de sa monnaie et renoncé à un symbole majeur de sa stabilité retrouvée, elle a aussi témoigné de son engagement européen, au moment où sa réunification suscitait l'inquiétude de ses voisins. En contrepartie de ce sacrifice majeur, l'Allemagne a légitimement exigé que ne soient admis dans l'euro que les pays aptes à en supporter les contraintes, et prêts à gérer leurs comptes selon les règles qu'elle-même s'était fixées.

En pratique, tous les pays candidats à la monnaie unique furent finalement qualifiés, y compris ceux qui ne respectaient pas à la lettre les fameux critères exigés par le traité de Maastricht. Quant aux contrôles imposés par le pacte de stabilité et de croissance, ils sont demeurés largement théoriques. Les faibles taux d'intérêt obtenus grâce à l'euro permirent à certains Etats de s'endetter plus aisément, tout comme le firent massivement les ménages espagnols et irlandais. Dans le même temps, les dirigeants allemands, inquiets des effets de la réunification sur la compétitivité du pays, imposèrent à leur population une sévère politique de désinflation compétitive.

Survint alors la crise. L'éclatement de la bulle immobilière en Espagne et en Irlande a précipité ces deux pays dans une récession profonde et brutale. Partout, les dettes publiques ont explosé, y compris en Allemagne. Et les pays les plus endettés avant la crise et à l'économie la plus fragile se voient désormais imposer des conditions d'emprunt exorbitantes. La Grèce, notamment, est en grande difficulté.

Mais voilà, l'Allemagne estime, avec quelques raisons, que ces pays n'ont qu'à s'en prendre à eux-mêmes. Et ses citoyens, après avoir longtemps payé plus que les autres en raison de la richesse du pays et de son passé, s'opposent d'autant plus à toute aide qu'une sévère austérité leur est imposée.

Mais sommes-nous bien placés pour critiquer l'Allemagne? La France a- t-elle eu le moindre geste de solidarité quand l'Allemagne a été confrontée au coût colossal entraîné par sa réunification? Au contraire, elle s'opposa alors brutalement à une réforme de la PAC qui aurait allégé la contribution allemande au budget européen. Notre pays a-t-il fait acte depuis lors d'une volonté de solidarité européenne plus manifeste que son puissant voisin? Pas vraiment. La France s'est retrouvée au côté de l'Allemagne pour s'opposer à toute progression du budget européen au-delà de 1% du PIB de l'Union!

La France est donc bien mal placée pour donner des leçons. Il n'en demeure pas moins qu'il revient aujourd'hui à l'Allemagne de nous faire sortir par le haut de la crise actuelle en renonçant à cette défense obstinée du chacun pour soi qui tire l'Europe vers le bas. Il en va du sort de l'euro et, au-delà, de l'Union européenne.


Philippe Frémeaux
Alternatives Economiques n° 290 - avril 2010
 Commentaires
luc andral, le 31/03/2010 à 16:49
On aurait dû appeler la monnaie unique Deutch Mark Européen et non pas Euro... Cela aurait le mérite de la clarté : l'Euro est d'abord un Mark, c'est à dire une monnaie forte, qui ne dévalue pas, émise par une Banque Centrale indépendante qui est chargée d'assurer la stabilité des prix (y compris grâce à la réévaluation du Deutch Mark) et utilisée par une économie générant un exédent commercial struturel, c'est à dire une économie dont le commerce extérieur est insensible à la hausse du prix des exportations...
Quelle est l'économie qui répond à ces critères : celle de l'Allemagne. Donc la monnaie de référence s'appelle Deutch Mark.
Maintenant, quelle autre économie répond à ces critères : aucune. Par conséquent, le Deutch Mark Européen n'existe pas ! Et l'Euro non plus...
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