L'enquête Sumer chiffonne le patronat
Nathalie Quéruel
Santé & Travail n° 061 - janvier 2008
Quelques semaines avant la conférence, lors d'une réunion préparatoire, le patronat s'en est vivement pris aux enquêtes sur les conditions de travail: "C'est un document de la Dares (1) synthétisant plusieurs données statistiques qui a mis le feu aux poudres, raconte un syndicaliste. En résumé, il reprochait aux "gauchistes" du ministère d'avoir construit un document à charge contre les entreprises."
Aujourd'hui - du moins en public -, le Medef se montre plus mesuré, affirmant que de telles enquêtes nationales sont nécessaires. Et que ses critiques portent essentiellement sur Sumer (2), réalisée tous les cinq ans par des médecins du travail: "Elle a le mérite d'exister, mais c'est une étude subjective à partir de l'opinion des salariés, transformée par l'expertise du médecin, estime François Pellet, conseiller médical du Medef. En conséquence, on ne sait pas quel est le point de vue de l'un ou de l'autre."
Contre le volontariat. Le syndicat patronal propose donc de… séparer les deux: d'un côté, faire des sondages auprès des salariés pour recueillir leur vécu; de l'autre, confier - toujours aux médecins du travail - une enquête sur les risques, quantitative. "Cela nous permettra de réfléchir sur des chiffres qui ne sont pas équivoques", indique François Pellet. Il pointe quelques problèmes de méthodologie dans Sumer: le manque de formation des médecins pour mener des entretiens et, surtout, le volontariat, auquel le patronat préférerait un tirage au sort.
Pourtant, et cela fait partie du protocole, les médecins du travail assistent à une formation d'une journée dispensée par l'équipe nationale Sumer. D'autre part, la structure de l'enquête laisse peu de place à la subjectivité: les questions sont fermées et relèvent la présence ou l'absence d'une exposition. Le "point de vue" du médecin apparaît donc comme très réduit. Ce qui se cache derrière la remise en cause du volontariat, c'est l'idée que ces médecins seraient plus "militants" que les autres et pourraient surévaluer les risques encourus par les salariés. Or, les comparaisons entre Sumer et d'autres enquêtes ne montrent pas de distorsion flagrante dans les résultats; les évaluations de Sumer sont même parfois inférieures à celles de l'enquête sur les conditions de travail menée par l'Insee, pour les expositions aux agents chimiques et biologiques par exemple.
Et selon Mireille Chevalier, secrétaire générale du Syndicat national des professionnels de la santé au travail (SNPST), le tirage au sort aurait des effets pervers: "L'enquête prend du temps, c'est une contrainte. Si elle est imposée, il se peut que les questionnaires soient remplis avec moins de rigueur." Ce qui dégraderait la qualité de l'enquête Sumer…
(1) Direction de l'Animation de la recherche, des Etudes et des Statistiques, au ministère du Travail.
(2) Pour "Surveillance médicale des expositions et des risques". Enquête copilotée par la Dares et la direction générale du Travail.
Article issu du dossier Conférence sociale : négociation tous azimuts sur les conditions de travail
Nathalie Quéruel
Santé & Travail n° 061 - janvier 2008
Notes
(1) Direction de l'Animation de la recherche, des Etudes et des Statistiques, au ministère du Travail.
(2) Pour "Surveillance médicale des expositions et des risques". Enquête copilotée par la Dares et la direction générale du Travail.
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