L'humanitaire en catastrophe(s). Revue "Humanitaire.
Ed. du Jubilé, (270 p., 19 euros).
MDM, hiver 2005, (90 p., 9,15 euros).
Yves Hardy
Alternatives Internationales n° 030 - mars 2006
Au lendemain de Noël, le 26 décembre 2004, les images de flots déchaînés qui engloutissent les rivages de l'Asie du Sud, des Maldives à l'Indonésie, en passant par l'Inde, Sri Lanka et la Thaïlande, submergent les petits écrans. Le bilan humain est lourd: 230000 morts et disparus (parmi lesquels 8000 touristes occidentaux), plus de 2 millions de déplacés. Le raz-de-marée dévastateur provoque une vague de générosité sans précédent: près de 12 milliards d'euros de dons publics et privés.
A l'heure des bilans, le journaliste Richard Werly nous entraîne dans les coulisses de l'action humanitaire. Il relate les efforts déployés mais pointe aussi les dérives. La ruée associative vers l'Océan Indien a parfois suscité "une course aux bénéficiaires", comme ces médecins en quête de malades. La manne financière a été déversée sans que toujours les besoins des populations soient répertoriés. Des bateaux inadaptés à la pêche locale ont été livrés. Dans le port indonésien de Belawan, des conteneurs d'aide (packs de lait, médicaments…) ont pourri au soleil. Des "charlatans de la pitié" se sont mêlés aux bonnes volontés: ainsi, une escouade de l'Eglise de scientologie, proposait des "thérapies corporelles" propres à dissiper les angoisses… Richard Werly rappelle que les premiers secours sont venus des communautés voisines, avant que ne débarquent les 4x4 étrangers. "Il n'y aurait rien de pire, conclut-il, pour le devenir de l'humanitaire que cette notion apparaisse comme le monopole de l'homme blanc et des gouvernements occidentaux.."
La revue Humanitaire prolonge le débat. Toujours décapant, Rony Brauman souligne que l'action des ONG humanitaires a été en grande partie "inutile", car "il n'y avait presque personne à soigner, qu'il n'y avait pas de risque d'épidémie (à l'opposé de ce que redoutait l'OMS) et que le travail d'assistance était rempli par les organisations autochtones". La décision de MSF d'interrompre sa collecte de dons, dès le 4 janvier 2005, a relancé la controverse sur les stratégies d'intervention. Jean-François Mattéi, président de la Croix-Rouge française, plaide en faveur d'actions humanitaires "durables", au-delà de la seule urgence. "Si la Croix-Rouge était compétente dans le BTP, ça se saurait", rétorque Jean-Hervé Bradol, président de MSF. Reste que les besoins de la reconstruction sont bien réels, les tâches complexes, et que les acteurs de la société civile ont leur mot à dire. Pour éviter notamment que le littoral asiatique ne soit demain accaparé par les promoteurs immobiliers.
"Finissons en avec un cliché, insiste encore Rony Brauman: grâce à l'humanitaire, tous les hommes seraient égaux devant la détresse." De fait, quelques mois après le tsunami, des enfants nigériens décédaient de malnutrition dans l'indifférence générale et, depuis octobre dernier, les appels des sinistrés du séisme du Cachemire ne suscitent qu'une maigre ferveur. Rappelons aussi pour mémoire les "tsunamis silencieux" (malaria et sida) qui déciment plusieurs millions de personne chaque année. L'encourageante "mondialisation de la solidarité", qui s'est spectaculairement exprimée à l'occasion du tsunami, apparaît très perfectible.
Ed. du Jubilé, (270 p., 19 euros).
MDM, hiver 2005, (90 p., 9,15 euros).
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