L'insertion se réapproprie les Nouvelles qualifications
Carole Yerochewski
La lettre de l'insertion n° 011 - janvier 1996
Ce sont des jeunes qui ont eu une enfance difficile, qui ont connu l'abandon et les placements à l'Assistance publique. Parvenus à l'âge adulte, ils restent entre deux eaux. Leur instabilité n'est pas jugée suffisamment handicapante pour qu'ils soient placés en structure protégée. Mais les entreprises ne les recrutent pas. Quel outil peut donc permettre à ces jeunes d'accéder à l'emploi ?
En novembre 1991, cette question tenaillait particulièrement Brigitte Carraz - alors adjointe au maire de Lutterbach pour la politique sociale et toujours responsable de l'Impro, Institut médico-professionnel de la petite ville - ainsi que l'équipe réunie autour de la PAIO (créée dès 1982). Le souci de ne pas multiplier les stages « qui ne débouchent sur rien » avait conduit à lancer plusieurs outils d'insertion par l'économique. Mais que faire de ces jeunes de l'Impro Saint-Clair ? La rencontre avec Bertrand Schwartz, venu exposer la démarche des Nouvelles qualifications est décisive : « Nous avions trouvé la pédagogie pour les entraîner dans une formation qualifiante », résume Brigitte Carraz.
Il ne restait plus alors qu'à définir le montage du dispositif. Ce qui, à l'époque, paraissait plus simple. L'existence des missions Nouvelles qualifications autorisait en effet des assouplissements bienvenus. Notamment des entrées-sorties permanentes dans le dispositif (versus à dates fixes selon le procédé classique des stages) et la possibilité effective de partir des besoins réels des jeunes en élaborant avec eux le contenu de la formation (versus l'adoption d'un plan prédéfini comme l'impose la démarche d'agrément de la formation). Depuis la suppression des Nouvelles qualifications, l'Impro doit négocier avec les services de l'Etat et s'appuyer sur un passage en entreprise d'insertion, un contrat emploi-solidarité, etc. pour manipuler les entrées et sorties de façon à ce que les jeunes s'y retrouvent.
La tâche est toutefois facilitée par le fait que les responsables de l'Impro ont d'emblée choisi de faire habiliter l'Institut comme organisme de formation : « Nous tenions à être maîtres du déroulement de la formation pour appliquer la méthode des Nouvelles qualifications ». Les jeunes préparent un CAP employés de collectivités par unités capitalisables. Leur parcours est (volontairement) long. Ils ont cinq ans pour faire valider la partie pratique en entreprise. Après une phase de mobilisation de trois mois (statut de stagiaire de la formation professionnelle), ils enchaînent contrat de qualification (CQ) puis contrat de retour à l'emploi. Un partenariat avec une entreprise d'insertion (pour laquelle a été négociée la possibilité d'embaucher en CQ) permet de faire le joint si nécessaire, évitant ainsi un retour sur l'Impro qui pourrait être vécu comme un retour en arrière.
Décrocher un emploi stable étant l'objectif clairement affiché, les jeunes (femmes) tiennent la longueur et la moitié de celles venant de l'Impro ont, depuis, obtenu un contrat à durée indéterminée. Il faut dire que le secteur d'activité est porteur ; la Fédération de l'hôtellerie a en outre tout de suite joué le jeu et les employeurs potentiels, très impliqués (par le tutorat), apprécient la stabilité acquise par les jeunes au long de ce parcours.
Les difficultés de l'essaimage
En dépit de la suppression des Nouvelles qualifications et de la quasi-inexistence de contrats de travail incluant une formation en alternance pour adultes, le centre de formation de l'Impro anime l'un des volets d'une action, pour l'instant expérimentale, à l'attention des publics d'associations intermédiaires. « Il s'agit, explique le coordonnateur Jacques Alix, d'utiliser la démarche Nouvelles qualifications pour permettre aux salariés de repérer quels sont les relais pour sortir de l'association intermédiaire ». Un autre volet, conduit par un autre organisme, s'adresse à un public considéré comme différent (les personnes rarement sollicitées par des particuliers). Un fractionnement en fonction du public et non des objectifs pédagogiques qui se révèle peu satisfaisant (Ursiea, fax : 88 92 85 54).
Carole Yerochewski
La lettre de l'insertion n° 011 - janvier 1996
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