La civilisation socialiste
Coll. Bibliothèque républicaine, éd. Le Bord de l'eau, 2010, 106 p., 22 euros.
Daniel Cardot
Alternatives Economiques n° 290 - avril 2010
Contemporain de Jean Jaurès (avec lequel les relations étaient parfois tendues) et germaniste renommé, Charles Andler fait partie de cette génération d'intellectuels aux convictions socialistes, mais qui récusaient à la fois le marxisme - trop autoritaire et déterministe - et la social-démocratie, trop molle et trop respectueuse des institutions pour un homme aux racines libertaires. Christophe Prochasson, dans sa présentation, cite une phrase révélatrice de cet entre-deux: "En un sens, écrit Andler, le Kapital de Marx a été fatal au socialisme allemand par sa grandeur même. En dehors de la pensée marxiste, plus personne n'ose plus penser (…). " Partisan d'un socialisme moral et "éducationniste", dans lequel l'ensemble des travailleurs pourraient enfin accéder à la culture et au savoir, Andler développe cette approche dans ce court texte (moins d'une cinquantaine de pages). Il faut bien dire que ce texte n'est pas enthousiasmant, tant il sent la tradition d'éloquence des Universités populaires. Mais le peu qu'il dit de cette "République sociale" qu'il appelle de ses vOeux, l'analyse qu'il esquisse de la démocratie qui, en exaltant l'individu, ébranle les pouvoirs anciens de type monarchique et ouvre la voie à une "démocratie sociale", tout cela n'est pas inintéressant pour qui s'intéresse à l'histoire des idées. Andler, d'une certaine manière, est un peu dans le domaine politique l'équivalent d'un Charles Gide en économie (mais en moins fécond): un réformiste exigeant qui croit que l'action et l'éducation peuvent transformer les hommes.
Coll. Bibliothèque républicaine, éd. Le Bord de l'eau, 2010, 106 p., 22 euros.
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