La crise de trop. Reconstruction d'un monde failli par Frédéric Lordon

La crise de trop. Reconstruction d'un monde failli, par Frédéric Lordon
Ed. Fayard, 2009, 203 p., 19 euros.

Christian Chavagneux
Alternatives Economiques n° 281 - juin 2009

Les auteurs capables de porter la polémique sur 300 pages et sur des sujets de fond ne sont pas légion. Frédéric Lordon est de ceux-là. Bénéficiant du point de vue de Sirius du chercheur, il peut tout à loisir ne pas se préoccuper de trouver des compromis opérationnels pour forger le monde de l'après-crise. Mais plutôt proposer un autre système fait d'une économie organisée sur des bases régionales au degré d'ouverture "modulé", d'un monde de l'entreprise qui verrait "borner autoritairement l'exigence actionnariale de rentabilité indéfiniment croissante", qui redonnerait trois points de valeur ajouté aux salariés et qui verrait le crédit distribué par des entités ni privées ni publiques mais contrôlées par l'ensemble des parties prenantes dans le cadre d'un "système socialisé du crédit".

Frédéric Lordon nous livre ainsi au fil des pages ses propositions générales, en même temps que son dégoût, aux accents de procureur, des banquiers, des traders, des économistes, des journalistes, des hommes politiques de la gauche (socialiste), des commissaires européens, etc. Ils ne lui inspirent que nausées, une volonté d'être le porte-parole de ceux qui ont "envie de tout casser", voire pour "les grands malades qui ont rendu cette Europe irréparable (…) de les sortir à coup de lattes dans le train". Une posture et un ton qui rendent difficiles le débat et la recherche de compromis. Ce qui n'est pas un véritable souci pour l'auteur, qui semble moins tenté de changer le monde que d'y mettre le feu.

La crise de trop. Reconstruction d'un monde failli, par Frédéric Lordon
Ed. Fayard, 2009, 203 p., 19 euros.

 Commentaires
ALEXANDRE ROWNOW, le 02/11/2011 à 15:48
Si Lordon se fait procureur, il faut avouer qu'il a de sacrés arguments.... D'autant qu'aucun acteur de la finance n'a été inquiété sur ses actes. Lordon n'est pas menaçant et n'a aucun pouvoir. En revanche on a nous abreuvé de discours de régulation et prise de conscience et de correction des anomalies, etc mais rien n'a accouché. Lordon de ferme pas le débat, il l'ouvre au contraire en apportant des arguments pour nourrir le débat. Ceux qui ferment le débat, ce sont ceux qui répètent toujours les bienfaits de la finance, qui défendent les zinzins par un digne sans cesse répété ici et là. Ou sont en effet les descriptions des mécanismes financiers qui permettent l'analyse et de débat dans les médias classiques ? Lordon amène justement ces éléments (lire le livre Jusqu'à quand, pour en finir avec les crises) pour consolider le débat et avancer. A ma connaissance, je n'ai lu aucun article ni livre qui décrivent si bien ces mécanismes.
On ne peut reprocher à Lordon de relever les nombreuses hypocrisies d'intellectuels pour éviter de redonner la parole à ceux qui retournent leur veste.
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