La Grèce doit-elle quitter l'euro?
Sandra Moatti
Alternatives Economiques n° 307 - novembre 2011
Non, ce serait un désastre économique et politique.
Et si la Grèce quittait l'euro ? Jusqu'à présent, cette idée séduisait surtout, en Grèce, ceux que les exigences de Bruxelles exaspèrent et, en Europe du Nord, ceux qui ne veulent pas payer pour Athènes. Désormais, cette issue est également recommandée par des économistes aussi éminents que l'Américain Nouriel Roubini ou l'Allemand Hans-Werner Sinn. Selon eux, la Grèce doit quitter l'euro, car son problème n'est pas seulement un problème d'endettement excessif, mais aussi un problème de compétitivité insuffisante. Or, la restructuration de la dette grecque - jugée désormais incontournable - résoudra le premier problème, mais pas le second. Sans une dévaluation franche et massive de sa monnaie, la Grèce devrait faire baisser les prix et les salaires d'environ 30 % pour rétablir sa compétitivité. Un processus long, politiquement conflictuel (tous les prix et les revenus ne baissent pas au même rythme) et économiquement suicidaire pour un pays criblé de dettes.
Convaincant vu de loin, le scénario d'une sortie de l'euro devient cependant de plus en plus noir à mesure qu'on le considère en détail. Primo, il fait l'impasse sur les détails pratiques de l'opération. Changer de monnaie ne se fait pas du jour au lendemain : il faut d'abord le décider - et, dans une démocratie, c'est au Parlement de se prononcer sur une telle question -, puis le mettre en place. Il ne suffit pas pour cela de faire une loi pour convertir tous les contrats dans une nouvelle monnaie. Il faut aussi imprimer des billets, frapper des pièces et surtout reprogrammer les caisses des magasins, les guichets automatiques, les ordinateurs…
Autant dire que d'ici à ce que la nouvelle drachme voie le jour, tous les déposants un tant soit peu avertis auront le temps d'imaginer ce qui les attend : la conversion de leur pécule en une monnaie vouée à s'effondrer. Ils se précipiteront alors pour vider leur compte en banque et sortir leur argent du pays. Un phénomène qui a déjà d'ailleurs commencé… mais qui prendrait là une tout autre ampleur. D'autant qu'on n'imagine pas la Banque centrale européenne (BCE) continuer à soutenir les banques d'un pays qui s'apprête à quitter le navire. Bref : " le système bancaire grec serait détruit avant même que la Grèce quitte la zone euro ", conclut l'économiste Willem Buiter [1].
Qu'adviendrait-il alors des dettes de la Grèce ? Les contrats régis par la loi grecque seraient relibellés en " nouvelle drachme ", mais les autres resteraient en euros. Les nombreux agents endettés à l'international seraient étranglés par des dettes devenues de ce fait encore plus exorbitantes, notamment les banques, s'il en reste encore debout à ce stade.
Les entreprises s'en sortiraient-elles mieux, avec des exportations dopées ? Rien n'est moins sûr. Le fameux regain de compétitivité attendu de la dévaluation n'aurait qu'un impact limité sur une économie relativement fermée comme l'est celle de la Grèce. En revanche, le renchérissement des importations serait immédiat et massif. Dès lors, l'avantage compétitif créé par la dépréciation de la monnaie risquerait fort d'être rapidement effacé par l'inflation alors que le pays serait considérablement appauvri.
En outre, il ne faudrait plus compter sur la moindre source de financement extérieur, ni privée ni publique. C'est déjà un problème pour tous les agents qui en dépendent aujourd'hui, à commencer par l'Etat qui reste lourdement déficitaire, même en enlevant le service de la dette (*) ). Comment le gouvernement paierait-il alors les fonctionnaires ? Soit il baisserait encore un peu plus leurs salaires - peu vraisemblable vu ce qu'ont déjà subi les Grecs -, soit il utiliserait sa nouvelle autonomie monétaire pour faire fonctionner la planche à billets. Un jeu qui peut dégénérer en hyperinflation. Bref : système bancaire à terre, inflation forte voire débridée, appauvrissement généralisé… Des désordres économiques de cette ampleur font généralement le lit de la violence sociale et politique.
Pour les autres membres de la zone euro, la sortie de la Grèce déclencherait sans doute des effets de contagion massifs. D'abord, des pertes liées au défaut de l'Etat et des banques grecques, mais aussi vraisemblablement de nombreuses entreprises privées endettées en euros. Surtout, un tabou serait brisé : si cela peut arriver à la Grèce, cela peut arriver à d'autres… Une pensée qui pourrait inciter les détenteurs de comptes bancaires au Portugal, en Irlande, mais aussi en Espagne ou en Italie à retirer leurs billes de ces pays s'ils anticipent un risque, même mineur, de les voir sortir de l'euro à leur tour. Ce qui ferait fondre la valeur de leurs dépôts comme neige au soleil…
Conclusion : la Grèce sortie de la zone euro, ses maux risqueraient de se transférer rapidement à d'autres Etats membres. Et si on généralisait la cure par amputation des membres " malades ", cela reviendrait à un démantèlement de la zone euro. Le coût économique en serait incalculable et les conséquences politiques potentiellement considérables. Sur fond de dislocation du marché intérieur et de défauts tous azimuts, on voit mal comment le projet européen pourrait y survivre.
C'est bien parce que la solution de la sortie de la zone euro serait catastrophique que sa probabilité est faible. Mais elle n'est pas nulle. Un pays ne peut certes pas être expulsé de la monnaie unique, mais il peut être poussé à en sortir. Si la troïka (*), lassée de voir la Grèce manquer à ses engagements, décidait de couper ses financements et, surtout, si la BCE cessait de fournir de la liquidité aux banques grecques, alors Athènes n'aurait plus d'autre choix que d'abandonner l'euro. Le cas de figure n'est pas prévu par les traités. Cela signifie qu'aucune règle ne l'encadre : difficile donc de croire, comme Nouriel Roubini, à la possibilité d'un " divorce à l'amiable " qui minimiserait les dégâts.
* Service de la dette : somme à verser annuellement pour rembourser la dette, tenant compte des intérêts et du capital (le principal).
Article issu du dossier Crise de l'euro : les solutions au banc d'essai
Sandra Moatti
Alternatives Economiques n° 307 - novembre 2011
Notes
- (1) " A Greek Exit from the Euro Area : A disaster for Greece, a Crisis for the World ", Citigroup, 13 septembre 2011.
Commentaires-
Abonnement et réabonnement
-
J'achète un numéro -
Inscription à la newsletter -
Forfait de consultation de 30 articles pendant 48H -
Mon espace personnel























Au niveau micro-économique, il faudra que les états admettent enfin que la création de richesse est plus facile lorsque les individus sont libres de la créer et non lorsqu’ils font pas face à mille murailles réglementaires, à autant de gouffres fiscaux, et à des monopoles garantis par l'état qui les empêchent de travailler. Ce pays devrait quitter euro.
Il se trouve que, pour les grecs,le coût de rester dans la zone euro ne cesse d'augmenter. Il arrivera un moment où la situation sera tellement catastrophique (les banques seront toutes en faillite dans peu de temps, les épargnants ont déjà vidé les coffres...) qu'il n'y aura plus de cout marginal à sortir de la zone. C'est ce moment que les grecs choisirons de tout envoyer baldinguer. Tant pis pour ses voisins, mais ils l'auront bien cherché.
Il se trouve que, pour les grecs,le coût de rester dans la zone euro ne cesse d'augmenter. Il arrivera un moment où la situation sera tellement catastrophique (les banques seront toutes en faillite dans peu de temps, les épargnants ont déjà vidé les coffres...) qu'il n'y aura plus de cout marginal à sortir de la zone. C'est ce moment que les grecs choisirons de tout envoyer baldinguer. Tant pis pour ses voisins, mais ils l'auront bien cherché.
-Assèchement des recettes fiscales (niches, « optimisation fiscale »et autres exonérations fiscales + fraude et évasion fiscales « organisées »)
-Forte augmentation des dettes souveraines + plans d’austérité (baisse des dépenses publiques + taxes sur la consommation)
-Contraction des marchés intérieurs (diminution de la consommation et des investissements) + baisse des rentrées fiscales,accroissement des déficits publics et des dettes publiques
-Nouveaux emprunts des Etats sur les marchés financiers à des taux de plus en plus élevés (ex.l’Italie) + forte augmentation du service de la dette
-Plans d’aide aux banques (« recapitalisation ») + aggravation de la situation des finances publiques de différents pays de la zone euro
-Recul de plus en plus marqué de l’activité économique = entrée en récession puis en dépression
-Coupes dans les dettes dites « souveraines » = banques détentrices de titres de dettes exposées à des risques de faillite de plus en plus importants (fonds propres insuffisants en dépit des fameux accords de Bâle)
-Plans de recapitalisation des banques défaillantes impossibles et insuffisants en dépit du fameux FESF (qui serait autrement plus utile à des investissements qui font cruellement défaut dans la zone euro)
-Comptes de trésorerie des banques maquillés et restés secrets + faillites bancaires successives + économies à l’arrêt
-Nationalisation de l’ensemble du réseau bancaire rendue inévitable + défauts sur les dettes + refonte du système bancaire (en premier lieu le crédit celui-ci étant vital pour l’économie) et financier (régulation)
Pour l’heure « il n’y a pas de problème » pour les dirigeants du monde occidental,notamment au sein du G20 qui est devenu en quelque sorte le dernier salon où l’on cause.Sans catastrophe aucunes reformes ni mesures responsables ne peuvent être envisagées.En attendant les populations sont prises en otage et condamnées à croire au miracle par des élites économiques et politiques totalement irresponsables et un peu obtuses.Le nouveau slogan de ces mêmes « élites » pourrait être « vive la crise ! » ou « vive la dépression ! »
Le problème est que l'idéologie dominante fait que l'on nous lave le cerveau et que l'on prend les pollutions pour des imbéciles en n'expliquant pas la totalité des problèmes et en assénant par des pseudo- experts.
Désolé, Mesdames et Messieurs les économistes, mais combien parmi vous avaient vu venir la crise systémique du système financier qui a éclaté en 2008 et dans laquelle nous sommes toujours et qui se mue en crise sociale et politique ?
Par ailleurs combien de politiques , d'économistes et de journalistes ont informé les "bons peuples gogos" des risques pris par les Etats de ne plus financer leurs avances de trésorerie via leurs banques centrales?
Enfin, Le plus grave problème me semble t il est que tous politiques, "experts financiers" du FMI , de la BCE, et la plupart des "économistes" sont des enfants de la pensée unique libérale ou néolibérale.
ce n est pas de leur faute , mais ils ne peuvent briser leurs paradigmes et ils s'enferrent en préconisant des remèdes qui tuent le malade comme tous les Diafoirus partissent des saignées de tristes mémoire.
Hélas, malgré le plaisir de trouver enfin grâce à AE d'autres sources de réflexion que les potions néo libérales dont on nous gave à longueur de colonnes, et d'heures d'antenne, je ne trouve pas cet article sur le maintien de la Grèce dans l'euro suffisamment convaincant.
Et notamment, il n est pas convaincant car la plupart des risques décrits existent également en restant dans l'euro. La problématique est en effet aussi simple que la gestion du budget d'un particulier :
Comment avec des revenus qui son déficitaires peut on rembourser des dettes qui ne peuvent que s'allonger avec des taux aussi usuriers ?
Et même en supposant que en réduisant les dépense et surtout en améliorant les recettes en luttant contre la fraude fiscale et en augmentant les impôts , jamais la Grèce , m^me au sein de l'euro ne pourra rembourser sa dette avec des taux d'intér^ts comme ceux qui lui sont appliquer.
Il serait par contre intéressant de voir si la Grèce comme tous les autres pays endettés ne pourrait se libérer des voraces marché financiers ne pourraient faire un appel national à l'épargne de ses ressortissants afin qu'ils rachète la dette souveraine de leur pays.
Cela serait plus astucieux qu'augmenter les impôts car cela couperait le cerce vieux consistant à "pomper" les peuples pour enrichir la finance mondiale apatride et économiquement inutile.
si la Grèce quitte l'euro, d'autres vont passer au référendum populaire pour fuir cette Zone à risque .
moi je pense que la Grèce doit quitter la ZONE .