La nationalité en Afrique
Karthala (252 p., 23 euros).
Pierre Grosser
Alternatives Internationales n° 053 - décembre 2011
Il est courant de lire que les Etats s'effondrent en Afrique et que la nation, concept lui aussi importé, n'y a guère de prise, si ce n'est lorsqu'il s'agit de football. Pourtant, la puissance publique démontre autant qu'ailleurs sa capacité à rédiger des lois sur la nationalité et à fournir des papiers d'identité que les citoyens doivent régulièrement présenter pour leurs démarches administratives. Non, l'Afrique n'est pas restée " prémoderne ".
Cette capacité des Etats à accorder ou refuser la nationalité, à inclure ou à exclure, est source de tensions et de conflits, tout comme les pays du " Nord " en ont connu depuis le XIXe siècle.
Cet ouvrage revient rapidement sur les origines coloniales de la nationalité et des pratiques qui y sont attachées, mais insiste surtout sur leur appropriation après les indépendances. Les premières lois furent alors inclusives. Mais rapidement, elles servirent des fins politiques. Au Sierra Leone par exemple, pour exclure les Libanais et tous ceux qui n'étaient pas tout à fait noirs. Ou en Côte-d'Ivoire pour écarter Alassane Ouattara de la compétition électorale. Dans ce pays, les discours sur l'autochtonie dans le camp de Laurent Gbagbo ont nourri les violences récentes. Guillaume Soro, le chef des rebelles disait : " Donnez-nous des cartes d'identité et nous rendrons les kalachnikovs ". Très précis et documenté, cet ouvrage nous montre combien l'Afrique sait manier le droit de la nationalité, jusqu'aux déchéances de nationalité pour se débarrasser des immigrés. Ce qui la rend moins " exotique " et plus familière.
Karthala (252 p., 23 euros).
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