La politique peut-elle changer le travail ?
François Desriaux
Santé & Travail n° 077 - janvier 2012
En 2007, le vainqueur de l'élection présidentielle a su rallier les suffrages des classes populaires en promettant de revaloriser le travail. Mais ces promesses concernaient davantage le pouvoir d'achat que les conditions de travail.
Ce n'est guère étonnant. L'action publique a souvent réduit la question du travail à sa durée, à l'emploi et au salaire, renvoyant les conditions de travail à la négociation sociale. Aujourd'hui, ce schéma ne tient plus. Après l'affaire de l'amiante, l'émergence de la souffrance psychique interpelle désormais les politiques sur le contenu même du travail et les contraintes dans lesquelles il s'effectue. La société peut-elle laisser s'installer des emplois où les salariés ne se reconnaissent plus dans leur travail ? Le rapport des forces sociales étant ce qu'il est, il semble bien que la seule réponse politique soit de redéfinir une nouvelle gouvernance des entreprises, là où se jouent les marges de manoeuvre pour changer le travail. Davantage de démocratie et de droit d'expression dans l'entreprise, cela mérite en tout cas un débat public.
- Pour une démocratie du travail dans l'entreprise
- Les atouts et limites du modèle coopératif
- Désenclaver les politiques de santé au travail
- L'entreprise doit être gouvernée pour le bien commun
- Redonner du poids à la représentation du personnel
- Une médecine du travail renforcée
- " Le monde politique est peu loquace sur le travail "
- Les points à retenir...
Privés d'espaces de discussion sur le travail qui leur soient propres, les salariés gèrent seuls des contraintes qui nécessiteraient l'élaboration collective de compromis. La reconquête de tels espaces est un enjeu de santé, mais aussi un enjeu démocratique.
Dans les sociétés coopératives et participatives, l'association des salariés aux choix économiques facilite l'amélioration des conditions de travail. Mais les contraintes du marché pèsent aussi, limitant le débat sur le travail lui-même.
La prévention et la réparation des risques professionnels pâtissent encore aujourd'hui d'une logique de compromis social héritée du XIXe siècle. Il devient urgent d'en faire une question de santé publique, soumise au débat démocratique.
La " gouvernance actionnariale " des entreprises a démontré sa nocivité pour la santé des salariés et l'environnement. En sortir suppose d'associer la société civile à la définition de nouveaux critères de gestion et de production.
Le constat est unanime : le travail réel est absent du dialogue social. Pour sortir de l'impasse, les organisations syndicales proposent la création de nouveaux droits et un renforcement du rôle des instances représentatives du personnel.
Afin de pouvoir témoigner des risques liés au travail, la médecine du travail doit rester près du terrain et disposer d'un cadre légal d'exercice garantissant son indépendance et sa mission de protection de la santé des travailleurs.
Ancien ministre, maire, député et sénateur communiste, Jack Ralite vient de coorganiser un colloque sur le travail. Il déplore le peu de place accordée à cette question dans les débats et les réflexions de la classe politique française.
••] Le travail ne se résume pas à exécuter des ordres. Dans son activité, le salarié doit gérer de multiples exigences qui n'ont pas toujours à voir avec ce qu'on lui commande de faire : préservation des outils et de l'environnement, respect des collègues, satisfaction du client, qualité du produit… De tels enjeux font appel à sa sensibilité, à son expérience, et leur prise en charge est nécessaire à la réalisation d'un travail de qualité. ...
François Desriaux
Santé & Travail n° 077 - janvier 2012
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