Le retour du traitement social du chômage
Laurent Jeanneau
La lettre de l'insertion n° 004 - novembre 2008
- Contrats aidés : une politique illisible , La lettre de l'insertion n° 003.
- Vidéo : Les structures d'insertion destabilisées par la politique de contrats aidés , La lettre de l'insertion n° 003.
La volte-face est un art dans lequel excelle le président de la République. Face à la dégradation du marché du travail, Nicolas Sarkozy vient donc d'annoncer une relance des contrats aidés : 100 000 de plus que les 230 000 inscrits dans le projet de loi de finances 2009.
Qu'importe si, encore récemment, il critiquait à l'envi cette forme de traitement social du chômage et pourfendait la « société d'assistance ». Qu'importe, si celui qui se présentait comme le héraut de la « rupture » se retrouve obligé de faire du neuf avec du vieux. Car l'antienne est connue : à chaque poussée de fièvre sur le marché du travail, les contrats aidés reviennent en force avec les gouvernements de gauche… comme de droite. Ainsi, en 2005, le plan de cohésion sociale de Jean-Louis Borloo avait déjà réhabilité ce type de dispositif pour faire face à l'aggravation du chômage. Rien d'étonnant à cela : malgré leur coût élevé, les emplois aidés permettent de réduire rapidement le nombre de chômeurs. Devant cet argument politiquement payant dans un contexte où le taux de chômage est devenu un véritable baromètre politique, les préjugés idéologiques pèsent peu.
Le pragmatisme de Nicolas Sarkozy est cependant beaucoup plus limité qu'il en a l'air : il ne s'agit en effet que d'une augmentation par rapport à un projet de budget qui lui-même était en fort recul. 330 000 contrats aidés dans le secteur non marchand en 2009, ce ne sont en fait que 40 000 de plus qu'en 2008. Et il est peu probable que cela soit à la hauteur des enjeux : 383 000 emplois aidés avaient été financés dans le secteur non marchand en 2003 [On en comptait même 517 000 avec ceux qui existaient alors dans le secteur marchand.], alors que le ralentissement de l'économie avait été moins grave à l'époque que celui qui, selon toute vraisemblance, se profile pour l'an prochain.
Même si elle reste en réalité modeste, cette relance des contrats aidés est néanmoins bienvenue. A condition toutefois que le traitement social du chômage ne soit pas, une fois encore, un simple traitement comptable du taux de chômage. La tentation risque en effet d'être forte de multiplier les contrats aidés à temps partiel, dépourvus de formation, pour agir immédiatement sur le niveau d'emploi, au détriment d'une logique d'insertion plus durable. Le chef de l'Etat s'en défend : « Je ne veux pas que, comme on le fait depuis des années, on renvoie à la fin du contrat les personnes à la case départ, le RMI ou le chômage. » Il entend au contraire qu'« une véritable offre de services soit destinée aux bénéficiaires de contrats aidés, en cours même de contrat, pour leur donner le maximum de chances d'obtenir à la sortie un emploi dans une entreprise ». Reste à mettre en musique ce vœu pour l'instant pieux.
Car ce qui domine plutôt ces dernières années c'est une vision statistique court-termiste, qui s'est traduite par une logique de stop-and-go en matière de politique de l'emploi. A l'inverse, il faudrait recentrer durablement l'effort des pouvoirs publics sur la qualité des emplois proposés, qu'ils soient aidés ou non. Or, on n'en prend guère le chemin. Nicolas Sarkozy affirme ainsi qu'« en phase de ralentissement, un CDD en plus c'est un chômeur en moins ». Et sa proposition de permettre aux petites et aux moyennes entreprises de recruter des CDD sans restriction de durée, pendant une période théoriquement limitée, s'apparente à un retour par la petite porte du contrat nouvelle embauche (CNE). Ce contrat, jugé contraire aux conventions internationales du travail, avait été concocté par Dominique de Villepin en 2005 et accordait aux employeurs des PME le bénéfice d'une période « d'essai » de deux ans pendant laquelle ils n'avaient plus à motiver un éventuel licenciement. Quant à la volonté affichée par le président de la République de soutenir davantage l'emploi dans les services à domicile, elle risque de multiplier encore plus les « travailleurs pauvres » à défaut de toute action en faveur d'une meilleure structuration du secteur. Sans parler de l'extension du travail du dimanche, qui menace l'équilibre de la vie familiale et associative sans aucune perspective de doper la croissance en l'absence de pouvoir d'achat supplémentaire.
Vue sous cet angle, la réponse de Nicolas Sarkozy à la crise est donc bien plus idéologique qu'il n'y paraît de prime abord. D'autant qu'il refuse par ailleurs de remettre en cause certaines décisions prises depuis un an et demi qui se révèlent pourtant manifestement contre-productives en matière d'emploi. C'est le cas en particulier de la défiscalisation des heures supplémentaires qui incite les entreprises à ne pas embaucher, mais aussi de la remise en cause du dispositif « carrières longues », permettant aux salariés de plus de 56 ans qui ont commencé à travailler très tôt de partir en retraite avant 60 ans. Si Nicolas Sarkozy était aussi pragmatique qu'on le dit, il reviendrait sur de telles mesures. Mais certaines volte-face sont plus difficiles à assumer que d'autres…
Laurent Jeanneau
La lettre de l'insertion n° 004 - novembre 2008
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