Le travail des sociétés par François Dubet
Ed. du Seuil, 2009, 328 p., 21 euros.
Denis Clerc
Alternatives Economiques n° 281 - juin 2009
Pour la majorité des sociologues, la chose est claire: la société était un objet d'études central, qui permettait de comprendre et d'analyser la réalité sociale. A la fois parce qu'elle expliquait l'essentiel des comportements et des mouvements sociaux et parce que sa transformation était un enjeu décisif pour le "vivre ensemble". Or ce monde-là a vécu. La société se diffracte, elle semble se décomposer en sous-ensemble et, du coup, elle perd son unité.
A la structure en classes sociales succèdent des inégalités sociales. Les institutions chargées de socialiser en inculquant des valeurs communes ont perdu ce rôle, le modèle d'intégration que pouvaient jouer l'école, l'Etat-providence, le syndicalisme se décompose, tandis que s'affirment des différences et des modèles culturels diversifiés tenus pour légitimes. Désormais triomphe la notion de cohésion sociale: il ne s'agit plus de s'intégrer à quelque chose déjà existant, mais de rendre compatibles les actions de chacun ou des groupes. Avec le risque que, faute de règles, de moeurs et de cultures suffisamment acceptées, les dominés ne soient écrasés et les injustices multipliées. Dans une société qui a cessé d'être un système, il faut construire, produire la société. Ce qui était donné doit désormais devenir un construit.
La thèse est forte, mixant Touraine et Bourdieu, et les analyses sur lesquelles elle s'appuie sont éclairantes et convaincantes, à quelques exceptions près (par exemple quand il accuse Esping-Andersen d'utilitarisme). Il ne s'agit que de réserves mineures, car ce livre - passionnant - ouvre quantité d'horizons. Même s'il se clôt par plus de questions que de réponses.
Ed. du Seuil, 2009, 328 p., 21 euros.
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