Les héritiers du KGB. Enquête sur les nouveaux boyards
François Bourin, coll. Les moutons noirs (380 p., 21 euros).
Sophie Blitman
Alternatives Internationales n° 053 - décembre 2011
Si le KGB a disparu avec l'URSS, les méthodes, l'influence et surtout l'opacité du Service fédéral de sécurité (FSB) qui a pris la relève ont peu à envier au puissant réseau de l'ère soviétique, incarné à son époque par Iouri Andropov, et dont Vladimir Poutine fut l'un des lieutenants. C'est précisément sous l'impulsion de ce dernier que le FSB, né en 1995 aux côtés d'autres services étatiques, a vu ses prérogatives croître dans les années 2000 : autorisation d'intervenir à l'étranger, renforcement du renseignement intérieur, contrôle de tous les citoyens engagés politiquement ou simplement amenés à exprimer publiquement des opinions jugées licencieuses par le pouvoir en place. Avec un objectif, selon les auteurs de cette minutieuse enquête : " garantir la stabilité politique ", avant même la sécurité de la population.
Le FSB s'est ainsi imposé dans la nouvelle Russie, faisant travailler au moins 200 000 personnes dont la loyauté s'achète à coups de privilèges. Corruption, clanisme, paranoïa, mais aussi inefficacité lors d'opérations comme la prise d'otages au Théâtre de Moscou, en 2002, ou celle de l'école de Beslan, en Ossétie du Nord, en 2004 : tel est le visage du FSB que dévoilent Andreï Soldatov et Irina Borogan, exemples à l'appui, au terme de dix ans d'investigation - et autant de pressions politiques. Un constat accablant, servi par une démonstration rigoureuse et une narration sans faille.
François Bourin, coll. Les moutons noirs (380 p., 21 euros).
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