Les nouveaux prolétaires
Coll. Petite encyclopédie critique, Textuel, 2012, 140 p., 9,90 euros.
Daniel Cardot
Alternatives Economiques n° 310 - février 2012
Ils sont " dominés par la hiérarchie, vivant dans une forte insécurité matérielle et dans une position sociale vulnérable. " Longtemps quasi-synonyme de salariat, à l'époque où ce terme désignait des sans-terre et des sans-droit, le prolétariat s'est peu à peu restreint aux ouvriers, notamment sous l'influence de Karl Marx.
Aujourd'hui, c'est le mouvement inverse qui prévaut, estime l'auteur : le salariat redevient peu à peu un prolétariat new-look, résultant de " la fin de l'emploi salarié stable qu'accompagne une accentuation de la dégradation de la qualité du travail ". Les nouveaux prolétaires seraient donc les membres de ce que Robert Castel nomme " le précariat ", résultat de l'effritement de la société salariale sous la pression du système économique lui-même, qui recherche une plus grande flexibilité de la main-d'oeuvre et tente de l'obtenir derrière le mot d'ordre (sans grand contenu) de " flexicurité ". La conscience de classe de ces nouveaux prolétaires se heurte à la fragilisation engendrée par la précarité : " la désaffiliation " (le terme est de Serge Paugam) produit des émeutes plus que des luttes.
Toutefois, aussi intéressante soit-elle, cette tentative de synthèse n'éclaire guère ce mot-valise qu'est la précarité, trop vite réduite au statut et à l'instabilité de l'emploi, alors que le problème est bien davantage l'insécurité, une distinction qu'elle n'effectue pas, tout comme elle se méprend en qualifiant le RSA de workfare. Dommage.
Coll. Petite encyclopédie critique, Textuel, 2012, 140 p., 9,90 euros.
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