Les quinquas sont les plus touchés


Catherine Ha, épidémiologiste au département santé-travail de l'Institut de veille sanitaire, et Yves Roquelaure, professeur en médecine du travail à l'université d'Angers.
Santé & Travail n° 062 - avril 2008
couverture
TMS : à quand une prévention durable ?
— avril 2008 —

Les salariés de plus de 50 ans sont particulièrement concernés par les troubles musculo-squelettiques. C'est ce que montre la surveillance épidémiologique menée dans les Pays-de-la-Loire sous l'égide de l'Institut de veille sanitaire.

Faire de vieux os au travail est difficile. Selon la surveillance épidémiologique des troubles musculo-squelettiques (TMS) mise en place par l'Institut de veille sanitaire à titre pilote dans les Pays-de-la-Loire entre 2002 et 2004 (1), 19% des hommes et 27% des femmes salariés et âgés de 50 à 59 ans souffraient d'au moins un TMS; 5% des hommes et 6% des femmes en cumulaient deux ou plus.

Grâce à un réseau de 83 médecins du travail volontaires, la prévalence (2) en entreprise des six principaux TMS du membre supérieur a pu être étudiée dans cette région au sein d'un échantillon de 3 710 sujets, tirés au sort parmi les salariés âgés de 20 à 59 ans. Les six TMS en question sont: la tendinopathie de la coiffe des rotateurs ou TCR (épaule), l'épicondylite latérale (coude), le syndrome du tunnel cubital (coude), le syndrome du canal carpien ou SCC (poignet), les tendinites des fléchisseurs ou extenseurs des doigts (avant-bras, poignet et main) et la ténosynovite de De Quervain (avant-bras et poignet). Au moins l'un d'entre eux a été diagnostiqué chez 13% des salariés (15% des femmes et 11% des hommes).

Selon cette étude, les TCR sont les plus fréquentes, devant les SCC et les épicondylites latérales. La prévalence de tous les TMS augmente avec l'âge pour les deux sexes. C'est le cas notamment pour les TCR: leur fréquence passe, entre 20-29 ans et 50-59 ans, de 2% à 11% chez les hommes et de 3% à 15% chez les femmes. Globalement, ce sont les catégories ouvrières qui paient le plus lourd tribut, et ce pour les deux sexes. Chez les 50-59 ans, 30% des ouvriers et 34% des ouvrières présentent un TMS.

Les ouvriers sont les plus exposés

Du côté des facteurs de risque, ce n'est pas mieux. Parmi les 50-59 ans, 21% des hommes et 30% des femmes sont la plupart du temps exposés à des gestes répétitifs, 48% des hommes et 26% des femmes manipulent régulièrement des charges lourdes, 17% des hommes et 10% des femmes travaillent souvent avec les bras au-dessus de l'horizontale, 28% des hommes et 29% des femmes ont fréquemment le poignet en position inconfortable.

Concernant les facteurs psychosociaux liés au travail, 55% des hommes et 69% des femmes manquent de latitude décisionnelle, 25% des hommes et 30% des femmes manquent de soutien social au travail (encadrement ou collègues), 13% des hommes et 14% des femmes sont en situation dite "de tension au travail" (association d'une forte demande psychologique et d'une faible latitude décisionnelle).

Dans toutes les tranches d'âge, la majorité des salariés est exposée à deux facteurs de risque ou plus (de 71% chez les 20-29 ans à 61% chez les 50-59 ans). Là encore, les catégories ouvrières sont particulièrement concernées. Après 50 ans, 75% des ouvriers et 71% des ouvrières sont exposés à au moins deux facteurs de risque.

Liés aux nouvelles organisations du travail, qui tendent à réduire les marges de manoeuvre dont disposent les travailleurs pour faire face aux contraintes, les TMS représentent un enjeu majeur de santé au travail, pour aujourd'hui comme pour les années à venir. Et ce, du fait de l'intensification des contraintes de travail mais aussi du vieillissement de la population active.

(1) En collaboration avec le Laboratoire d'ergonomie et d'épidémiologie en santé au travail de l'université d'Angers, la direction régionale du Travail (DRTEFP) Pays-de-la-Loire et l'unité U687 de l'Inserm.

(2) Nombre de cas de maladies, anciens ou nouveaux, enregistrés dans une population donnée.


Catherine Ha, épidémiologiste au département santé-travail de l'Institut de veille sanitaire, et Yves Roquelaure, professeur en médecine du travail à l'université d'Angers.
Santé & Travail n° 062 - avril 2008
 Notes

(1) En collaboration avec le Laboratoire d'ergonomie et d'épidémiologie en santé au travail de l'université d'Angers, la direction régionale du Travail (DRTEFP) Pays-de-la-Loire et l'unité U687 de l'Inserm.

(2) Nombre de cas de maladies, anciens ou nouveaux, enregistrés dans une population donnée.

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