Moscou et le monde. L'ambition de la grandeur : une illusion sous la dir. de Anne de Tinguy
Actes Sud (310 p., 21 euros)
CNRS Editions (190 p., 20 euros)
CNRS Editions (320 p., 30 euros).
Ceri/Autrement (215p., 17 euros).
Pierre Grosser
Alternatives Internationales n° 038 - mars 2008
La Russie est de retour! Elle l'est sur la scène internationale, dans les médias, mais également dans les librairies. Les spécialistes de l'Union soviétique et de la Russie avaient auparavant bien du mal à se faire publier. Aujourd'hui, il y a abondance d'ouvrages de qualité. Le livre de Lorraine Millot, journaliste à Libération en poste à Moscou, propose un tableau kaléidoscopique de la société russe actuelle, avec des plongées bienvenues en province. Certes, les caricatures d'une "Haute-Volta avec des armes nucléaires" devenue "Nigeria du Nord" (un régime autoritaire corrompu et violent baignant dans l'argent du pétrole) recouvrent des réalités. Mais qui cohabitent avec d'autres que sont l'amélioration du niveau de vie, le bouillonnement entrepreneurial, la reconstruction (bancale) de la Tchétchénie, la vitalité artistique et la libération de la parole sur Internet. Lorraine Millot conclut ses portraits de la Russie actuelle par un chapitre sur l'humour, dont la population redécouvre le rôle de soupape de sûreté qu'il avait joué durant les années de communisme et qui semble aujourd'hui un des lubrifiants d'une société schizophrène. En effet, s'il existe une société russe, celle-ci n'est pas représentée dans les lieux du pouvoir. Un pouvoir que les cercles du Kremlin monopolisent, en lui donnant une tonalité nationaliste et des apparences de retour à la religion. Ce sont ces cercles que décrit Arnaud Kalika, enseignant au Centre d'analyse des menaces criminelles de Paris II-Assas, une institution qui, à la faveur du discours sécuritaire ambiant, a le vent en poupe. L'auteur présente un livre contenant des renseignements intéressants, mais dans une écriture hélas relâchée. La première partie ressemble en effet à des fiches sur ces différents cercles (les intimes du président, les organes de sécurité, les oligarques et les mafias…). Le chapitre sur les nouvelles dimensions religieuses et "civilisationnelles" de l'identité russe est peu développé, de même que la seconde partie consacrée à l'action du pouvoir en place.
Pour mieux comprendre la dimension criminelle de la société russe, il faut se reporter à la thèse enfin publiée de Gilles Favarel-Garrigues qui, depuis des années, s'oppose aux visions caricaturales, grâce à sa connaissance des dimensions historiques et microsociologiques du phénomène. Enfin, pour une présentation claire de la vision russe du monde et des limites de ce "retour" de la Russie sur la scène internationale, le livre collectif publié par les éditions Autrement est indispensable. Cette collection coéditée avec le Ceri (Centre d'études et de recherches internationales) réunit toujours d'excellents spécialistes (ici par exemple Isabelle Facon, grande spécialiste des questions militaires) et insère la traduction de textes importants. L'ouvrage présente une Russie qui surmonte son complexe traditionnel d'infériorité, s'accroche depuis les "révolutions de couleur" (Ukraine, Géorgie, Kirghizstan…) à sa souveraineté, se tourne vers l'avenir, mais qui reste isolée sur la scène internationale, se montre incapable de fournir des "biens publics" hors de ses frontières, en particulier la sécurité, et n'investit pas assez pour être une puissance d'avenir.
Actes Sud (310 p., 21 euros)
CNRS Editions (190 p., 20 euros)
CNRS Editions (320 p., 30 euros).
Ceri/Autrement (215p., 17 euros).
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