Ne pas confondre agitation et action
Guillaume Duval
Article Web - 30 janvier 2012
Au lieu d'utiliser les dernières semaines de son mandat pour organiser une relance coordonnée de l'activité en Europe, Nicolas Sarkozy renforce encore l'austérité avec une hausse de la TVA, explique Guillaume Duval dans sa chronique pour Radio Nova.
Non en effet. Non pas que je sous-estime la gravité des problèmes auxquels le pays est confronté. Avec 4,9 millions d'inscrits à Pôle emploi, bientôt 5, la situation sur ce front-là n'a jamais été aussi grave depuis l'après-guerre. La désindustrialisation progresse à grands pas et le risque de voir le pays devenir un grand parc de loisirs se concrétise à vitesse grand V. Les déficits extérieurs se creusent année après année avec des points forts de nos exportations de moins en moins nombreux et de plus en plus menacés. Les intérêts de la dette publique sont devenus le premier poste de dépenses de l'Etat, avant même l'éducation, et le niveau de l'endettement est tel que la France ne figure plus parmi les pays dont la dette est considérée comme la plus sûre… Il ne fait donc aucun doute que la situation du pays est inquiétante et nécessite de profondes réformes.
Non pas vraiment. Tout d'abord, il se trompe sur les causes de nos difficultés immédiates et les mesures qu'il veut mettre en œuvre vont les aggraver au lieu de les améliorer. En dégradant la note de la France, Standard & Poor's avait souligné à juste titre combien les politiques d'austérité excessives et généralisées étaient nuisibles à l'économie française et européenne et compliquaient l'assainissement budgétaire au lieu de le faciliter. Christine Lagarde, directrice générale du Fonds monétaire international (FMI) et ancienne ministre de Nicolas Sarkozy, vient elle aussi de tirer fortement la sonnette d'alarme à ce sujet. Mais au lieu d'utiliser les dernières semaines de son mandat pour corriger le tir et tenter d'organiser une relance coordonnée de l'activité en Europe, Nicolas Sarkozy veut au contraire en rajouter une louche dans l'austérité avec une hausse de la TVA qui va étouffer la consommation et des accords d'entreprise qui vont faciliter le chantage des employeurs et obliger les salariés à travailler plus pour gagner moins… Il est vraiment à côté de la plaque.
C'est le deuxième point que je voulais aborder, celui de la méthode : elle est aussi mauvaise que le contenu des réformes annoncées. Pour redresser notre pays, nous n'avons absolument pas besoin d'un saltimbanque qui improvise de grandes réformes en une semaine afin de pouvoir faire un show à la télé qui fera des records d'audience. Quitte à cliver un peu plus encore la société française, faute d'avoir pris le temps de négocier et d'écouter les uns et les autres. Pour redresser un pays, il n'y a pas d'autres solutions que de réussir à mobiliser l'ensemble de ses forces vives en dégageant patiemment des consensus larges afin que les gens surmontent leurs réflexes conditionnés et leurs clivages habituels. Les pays qui y parviennent sont en général des pays qui ont de fortes traditions de négociation sociale avec des corps intermédiaires puissants et respectés par l'Etat. Autrement dit, c'est tout le contraire de la France de l'hyperprésident Sarkozy où c'est le grand chef qui, seul, est censé faire bouger les choses. Résultat : au final, il n'arrive à rien parce qu'il confond systématiquement agitation et action…
Guillaume Duval
Article Web - 30 janvier 2012
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J'ai souvenir de celle sur france inter un vendredi matin il y a quelques semaines (un morceau d'anthologie) au débat éco, et ce billet tape dans le mille une fois de plus.
Le problème, c'est que j'ai l'impression que les français aiment bien le mythe du grand chef qui tape sur la table et qui résoud tout d'un coup de baguette magique.
Sarko le sait, et d'autres se sont engoufrés dans la brèche (Mélenchon…)
Le jour où on aura compris que ces gens là n'apportent pas grand chose, on aura fait un grand pas !