Pénibilité : ne plus s'user à la tâche
François Desriaux
Santé & Travail n° 059 - juillet 2007
Leur départ anticipé en retraite ne serait donc pas totalement illégitime, si l'on se réfère au principe selon lequel la pénibilité des conditions de travail devrait être prise en compte dans la détermination de l'âge de départ en retraite. Un principe inscrit dans la loi… Fillon, voté par le Parlement en 2003 et sur lequel les partenaires sociaux devaient négocier dans un délai de trois ans!
L'étude de la Dares montre aussi que les fonctionnaires qui ont bénéficié d'une préretraite sont plutôt en bonne santé. En revanche, leurs collègues seniors du privé ayant connu eux aussi des conditions de travail pénibles dans l'industrie ou les services, mais qui n'ont pas bénéficié d'un départ anticipé, ont en majorité un état de santé particulièrement dégradé, qui leur a fait perdre leur emploi. Ils sont aujourd'hui chômeurs ou inactifs.
En publiant ce dossier sur les pénibilités et l'usure au travail, nous avons aussi en tête des injustices criantes. Mais ce ne sont pas celles invoquées par le Premier ministre.
La première injustice, pour nous, c'est l'inégalité d'espérance de vie selon le parcours professionnel. Selon qu'on a été exposé durablement à des produits cancérogènes, qu'on a travaillé pendant sa carrière en horaires alternants ou de nuit, qu'on a subi de façon répétée des contraintes posturales fortes, le port de charges lourdes, des cadences, la retraite risque fort de n'avoir ni la même durée, ni la même qualité. Une fin de vie sous assistance respiratoire ou percluse d'arthrose au point de ne plus pouvoir se déplacer seul n'a pas la même saveur que l'image donnée par les agences de voyages spécialisées dans le troisième âge!
Il est une autre injustice consistant à exiger des salariés qu'ils cotisent plus longtemps, alors que les contraintes des postes de travail dans les entreprises ne sont plus compatibles avec leur état de santé et leurs performances, amoindries par l'avancée en âge. Les enquêtes présentées dans ce dossier montrent en effet que les salariés vieillissants connaissent plus souvent que leurs cadets des problèmes de santé et qu'il leur est parfois difficile de faire de vieux os dans les entreprises. Il y a là un gâchis humain et social, en même temps qu'une perte d'expérience. Pourtant, les solutions ergonomiques d'aménagement de l'organisation du travail et des postes existent, qui permettraient de maintenir les salariés vieillissants dans l'emploi. Elles sont exposées dans ces pages.
Enfin, une majorité de salariés vieillissants aspirent à quitter le travail. Ils sont lassés. Ils ne sont pas forcément en mauvaise santé, mais vivent mal les conditions et l'organisation du travail actuelles.
Ces diverses formes de pénibilité appellent des solutions différentes. Il ne suffira pas de faire voter en 2008 l'abolition d'un "privilège", mais de s'attaquer résolument à ces problèmes.
- Les trois facettes de la pénibilité
- Préretraite progressive : une expérience à renouveler
- Compenser le risque d'une vie plus courte
- Le patronat fait un pas sur la retraite anticipée
- Difficile de faire de vieux os en entreprise
Il n'y a pas une mais trois pénibilités du travail: celle qui réduit l'espérance de vie, celle éprouvée par les salariés en mauvaise santé et celle générée par les mauvaises organisations du travail. Trois problématiques appelant des solutions distinctes.
L'allongement de la durée de cotisation ne se traduit pas nécessairement par un report aussi important de l'âge de départ en retraite ni de l'âge de sortie de l'emploi. ...
C'est un fait, certaines contraintes professionnelles peuvent altérer l'espérance de vie des travailleurs qui y sont durablement exposés. Un risque qui devrait être compensé par des départs anticipés en retraite.
Opposés depuis le début de la négociation sur la pénibilité à la création d'une préretraite pour les salariés usés par le travail, les employeurs ont changé d'avis récemment. Reste maintenant à définir les critères d'accès à ce nouveau dispositif.
Avec l'allongement de la durée de vie active, le maintien dans l'emploi des salariés usés ou vieillissants devient un enjeu, qui reste peu pris en compte par les entreprises et difficile à gérer pour les autres acteurs de la prévention. Enquête.
François Desriaux
Santé & Travail n° 059 - juillet 2007
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