Pol Pot. Anatomie d'un cauchemar Par Philip Short
Denoël (604 p., 32 euros).
Yves Hardy
Alternatives Internationales n° 036 - septembre 2007
Plus qu'une biographie de référence du leader khmer rouge, ce livre détaille la mise en oeuvre de l'utopie égalitariste d'une poignée d'intellectuels. Bilan: plus de 1,5 million de morts entre avril 1975 et janvier 1979. L'auteur, journaliste à la BBC, reconstitue avec talent cette fresque douloureuse. Le 17 avril 1975, les hommes en noir prennent possession de Phnom Penh et annoncent aux habitants de la capitale qu'il leur faut partir "deux ou trois jours". Même les hôpitaux sont vidés de leurs blessés. Sur les routes, 2,5 millions d'habitants déambulent, "comme un fleuve de détritus humains". Spectacle hallucinant, surréaliste: certains, s'épuisent à tirer un réfrigérateur; un piano à queue est abandonné dans une rizière.
Au fil des mois, Pol Pot accroît la répression contre les "saboteurs", assimilés dans son délire paranoïaque à des "éléments vendus à la CIA ou au KGB". Les centres de détention - telle la fameuse prison S 2 - se transforment en lieux de torture et d'extermination. Chassé par les Vietnamiens début janvier 1979, Pol Pot poursuit le combat dans la jungle. Il meurt dans son sommeil en avril 1998. Philip Short n'élude pas les sujets dérangeants. Pourquoi tant d'intellectuels cambodgiens - et occidentaux - ont-ils soutenu un mouvement entretenant la terreur? Comment les partisans du régime ont-ils pu abdiquer tous leurs droits individuels? Mais au terme des 600 pages d'une relatation minutieuse des événements, aucun élément convaincant ne répond à ces interrogations.
Denoël (604 p., 32 euros).
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