Politique industrielle : un superfonds pour les entreprises
Marc Chevallier
Alternatives Economiques n° 275 - décembre 2008
L'Etat français a créé la surprise le 6 novembre dernier en annonçant une prise de participation de 33% dans les Chantiers de l'Atlantique, "par une augmentation de capital de 110 millions d'euros". L'Etat n'envisageait au début de n'acquérir que 9% du capital, aux côtés d'Alstom, mais l'accélération de la crise financière l'a poussé à frapper fort afin d'obtenir rapidement une minorité de blocage dans le dernier chantier naval français.
L'enjeu était de sécuriser la situation financière de l'entreprise, au moment où elle est en conflit avec l'un de ses principaux clients, l'armateur américain NCL, qui a suspendu ses paiements pour un paquebot qu'il a commandé. Mais l'initiative de l'Etat est aussi motivée par la volonté affichée par le président de la République de garder le contrôle d'un actif jugé stratégique, car intervenant dans la construction de navires militaires. En échange de l'entrée de l'Etat au capital, le gouvernement a négocié une clause garantissant le maintien de la construction de tous les paquebots à Saint-Nazaire.
L'intervention publique dans les Chantiers de l'Atlantique préfigure aux yeux de Nicolas Sarkozy l'activité du Fonds stratégique d'investissement national, dont il a annoncé la création fin octobre. Ce fonds a vocation aussi bien à apporter des capitaux aux entreprises françaises en difficulté, quelle que soit leur taille, qu'à protéger celles qui seraient menacées de dépeçage par des "prédateurs qui voudraient profiter d'une sous-évaluation boursière", ou celles détenant des technologies stratégiques.
Cet interventionnisme tous azimuts vise en particulier à préserver le tissu industriel français des effets non désirés de la montée en puissance des investissements en provenance des pays émergents.
De son côté, le think tank européen Bruegel a publié un rapport début novembre mettant en garde les Etats européens contre les "implications non économiques" de la montée des investissements étrangers, dont ceux des fonds souverains, originaires de pays non démocratiques. Selon les auteurs, les économies de ces régimes autoritaires représentent plus de 15% du produit intérieur brut (PIB) mondial. Et les fonds qu'ils contrôlent pèsent déjà 9 000 milliards de dollars, soit trois fois plus que les fonds de pension américains…
Pour éviter la dérive protectionniste que pourraient susciter en Europe des interventions nationales non coordonnées, Bruegel préconise l'adoption d'une législation européenne cadre fixant les principes d'évaluation des risques liés à ces investissements, tout en laissant aux Etats membres la prérogative de les appliquer.
"Safe and Sound: An EU Approach to Sovereign Investment", Bruegel Policy Brief, novembre 2008, téléchargeable sur www.bruegel.org
Marc Chevallier
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