Pologne : échec du parti conservateur, ce passé communiste qui ne passe pas
Alternatives Internationales n° 035 - juin 2007
"Ouvrez les archives au public", a lancé le rédacteur en chef du journal Gazeta Wyborcza, Adam Michnik, après le verdict du Tribunal constitutionnel, le 11 mai dernier invalidant la loi sur la "lustration". Proposée par le parti conservateur au pouvoir, cette loi obligeait toute personne jouant un rôle public à répondre à un questionnaire sur ses liens éventuels avec les services secrets à l'époque communiste. Elle avait suscité une vive controverse en élargissant la définition du "rôle public": il ne s'agissait plus uniquement des plus hautes fonctions publiques (chef d'Etat, Premier ministre, élus au Parlement, haute magistrature…), dont la "lustration" avait été réalisée par la loi de 1997, mais aussi des journalistes et des universitaires. La décision du Tribunal constitue une victoire pour les libéraux issus de l'ancienne opposition (tel l'eurodéputé Bronislaw Geremek, qui avait refusé de répondre au questionnaire au motif que la loi menaçait les fondements démocratiques de l'Etat) et la gauche postcommuniste. Ils avaient dénoncé la loi comme une instrumentalisation du passé à des fins politiques. Avant l'invalidation de la loi, l'Institut de la mémoire nationale, où sont préservés les centaines de milliers de dossiers établis par les services secrets entre 1945 et 1989, avait recueilli 50 000 questionnaires. Aux yeux de Michnik, après le verdict, il ne reste qu'à publier sur Internet le contenu des dossiers établis sous le régime communiste, à l'exception des données sensibles, comme la santé ou la préférence sexuelle.
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