Pourquoi faut-il des machines à voter ?
Serge Volkoff, Statisticien
Santé & Travail n° 059 - juillet 2007
Ce printemps, les machines électroniques ont fait leur entrée dans des bureaux de vote en France. Une entrée remarquée, mais hasardeuse: pépins techniques, difficultés de maniement, files d'attente, doutes sur le secret du vote et sur les fraudes possibles.
Au-delà de ces ratés de fonctionnement, et de ces inquiétudes, se pose une autre question sérieuse: qu'est-ce qui justifie cette irruption de la machine? Deux objectifs sont avancés: la réduction des tâches manuelles de dépouillement et le gain de temps. En quoi est-ce un progrès? Faut-il vraiment en finir avec la chorégraphie, conviviale, des déplieurs de bulletins et des traceurs de bâtonnets? Faut-il vraiment gagner une heure de plus dans la publication des résultats?
Cette interrogation citoyenne n'est pas si éloignée des questions de santé au travail. Dans les ateliers, les magasins ou les bureaux, l'esprit de "modernité" érige en dogmes les deux mêmes objectifs: restreindre l'intervention humaine, vue comme un coût et non comme une valeur, et pousser à la célérité, même là où rien ne l'impose.
Cette double priorité n'est pas sans risques, pour la qualité des produits ou des services, mais aussi pour le bien-être des hommes et des femmes dans leur vie professionnelle, le libre jeu de leur fonctionnement physique et mental, la vitalité de leur activité collective. On peut donc défendre les objectifs inverses, les bienfaits du lien social, l'exigence de "respirations" dans les actions humaines. Il y a, là aussi, un problème de démocratie.
Serge Volkoff, Statisticien
Santé & Travail n° 059 - juillet 2007
-
Abonnement et réabonnement
-
J'achète un numéro -
Inscription à la newsletter -
Forfait de consultation de 30 articles pendant 48H -
Mon espace personnel
















Commenter cet article





