Quand les bactéries font de la résistance
Joëlle Maraschin
Santé & Travail n° 061 - janvier 2008
Dans certaines professions, la colonisation de l'organisme par des bactéries résistantes aux antibiotiques peut être source d'infections difficiles à soigner.
La résistance des bactéries aux antibiotiques pourrait-elle constituer un risque professionnel? C'est ce que semblent démontrer les travaux de certains chercheurs, exposés lors des dernières rencontres scientifiques de l'Agence française de sécurité sanitaire de l'environnement et du travail (Afsset) organisées début octobre à Paris. "La colonisation des flores commensales par des bactéries résistantes aux antibiotiques semble bien être un risque associé à certaines professions", a ainsi souligné le Pr Antoine Andremont, spécialiste de la résistance bactérienne. "Le risque professionnel reste très difficile à quantifier, il nécessiterait une importante étude prospective", estime néanmoins ce spécialiste.
Les bactéries des flores commensales, à savoir celles présentes de façon permanente dans certains organes ou tissus (pharynx, nez, intestin, peau, etc.), ont de multiples fonctions physiologiques. Elles permettent notamment d'éviter l'envahissement de notre organisme par des bactéries extérieures potentiellement pathogènes. Cependant, lorsque les défenses immunitaires faiblissent, il arrive que des bactéries pathogènes et résistantes aux antibiotiques colonisent la flore commensale et provoquent des infections particulièrement difficiles à soigner. Dans d'autres cas, ce sont les bactéries commensales qui deviennent elles-mêmes pathogènes, avec, à la clé, les mêmes difficultés pour soigner les infections si elles ont perdu leur sensibilité aux antibiotiques.
Staphylocoques dorés. Les chercheurs ont ainsi montré que des bactéries résistantes provenant d'animaux d'élevage pouvaient coloniser les flores commensales des humains en contact avec eux. Une étude sur les porchers a mis en évidence une présence de staphylocoques dorés dans leurs fosses nasales deux fois plus importante qu'en population générale. Or, la probabilité de résistance des staphylocoques est multipliée par un facteur 10. L'étude bactériologique a apporté la preuve que la souche résistante provenait bien des animaux. "Cette souche a été impliquée dans plusieurs épisodes infectieux chez les salariés des porcheries", ajoute Antoine Andremont.
Ce chercheur et ses collègues viennent par ailleurs de terminer une étude sur la résistance bactérienne au sein des flores commensales des personnels soignants. "Les premiers résultats sont rassurants, même si notre étude manque de puissance au regard de la difficulté à recruter des volontaires", note le chercheur. Avant de préciser: "Nous avons cependant mis en évidence une petite surcolonisation nasale par des staphylocoques dorés, lesquels proviennent sans aucun doute de souches hospitalières."
"Sans allumer un brûlot sur la surcolonisation observée chez certaines professions, une vraie révolution de l'usage des antibiotiques est nécessaire si l'on veut préserver des thérapeutiques efficaces en santé humaine", considère Antoine Andremont. L'Organisation mondiale de la santé a ainsi réuni un groupe de travail pour définir une liste d'antibiotiques critiques pour l'homme, dont l'utilisation serait interdite dans les élevages. Mais le consensus semble difficile à trouver, car les éleveurs craignent une réduction drastique de l'utilisation des antibiotiques pour leurs animaux.
Joëlle Maraschin
Santé & Travail n° 061 - janvier 2008
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