Que peuvent faire les CHSCT ?


Gabriel Carballeda et Alain Garrigou, ergonomes
Santé & Travail n° 062 - avril 2008
couverture
TMS : à quand une prévention durable ?
— avril 2008 —

En matière de prévention, la première action du CHSCT doit être de repérer les salariés souffrant de douleurs ou de troubles installés, puis de mener l'enquête sur ce qui peut les provoquer. Conseils pratiques.

Face aux troubles musculo-squelettiques (TMS), les élus de CHSCT ont un rôle essentiel à jouer. De par la connaissance des situations de travail qu'ils sont censés avoir et selon les relations de confiance qu'ils ont pu établir avec les travailleurs, ils sont en mesure de détecter les TMS et de lancer des alertes en direction de l'encadrement comme des acteurs de prévention. Ils peuvent par exemple demander au médecin du travail d'être attentif aux douleurs des salariés et de réaliser des analyses de poste. Mais quoi qu'il en soit, ils doivent mener leur propre enquête.

Repérer les premiers symptômes

Il leur faut notamment repérer les premiers symptômes annonciateurs de TMS. Pour effectuer ce repérage, ils peuvent combiner différentes techniques: mener des entretiens avec les salariés, utiliser un questionnaire ou observer les situations de travail. Selon la ou les parties du corps concernées, quelques signes avant-coureurs existent:

  • la perte de sensibilité au niveau des mains;
  • des fourmillements ressentis dans les doigts, parfois en dehors du travail et notamment la nuit;
  • une maladresse ou une perte de force lors de mouvements, de manipulations ou de manutentions.

A l'instar de la torture chinoise, l'hypersollicitation du corps risque de transformer ces gênes en douleurs insupportables si elles ne sont pas détectées.

Les élus doivent aussi identifier les salariés ayant développé un ou des TMS. Dans ce contexte, la première précaution à prendre est de garantir la confidentialité à ces travailleurs, car il leur est souvent difficile de parler de leurs souffrances à l'encadrement, de peur de perdre leur poste. Dans de nombreux cas, les salariés se font soigner à titre personnel par leur médecin traitant (infiltrations, pommades, voire opération du poignet), sans en avertir qui que ce soit. Au final, il s'agit de réaliser un véritable inventaire des douleurs et de leur intensité.

Suite à ce repérage des douleurs, les élus doivent identifier ce qui, dans les situations de travail, est source de risque. Par exemple, quelles sont l'amplitude, la fréquence et la durée des sollicitations physiques jugées inconfortables? Il leur faudra ainsi pointer:

  • la répétitivité et la précision des gestes exigés par le poste de travail;
  • les efforts excessifs (pression, traction, torsion, port de charges lourdes);
  • les positions sollicitant les articulations au-delà des "angles de confort";
  • les vibrations.

Dans un deuxième temps, il s'agit de repérer les contraintes liées à l'organisation du travail qui imposent des durées de sollicitation des membres non compatibles avec les besoins de récupération du corps. Les élus devront se pencher sur:

  • la cadence de fonctionnement des machines;
  • la fréquence des dysfonctionnements qui obligent à accélérer;
  • l'existence, la répartition et les durées des pauses;
  • la répétition ou le peu d'alternance dans les tâches;
  • le degré d'isolement ou d'autonomie des salariés, leur permettant ou non de changer de tâche ou de s'entraider.

Organiser prévention et réparation

Une fois en possession de ces différents éléments, selon le niveau de gravité et d'urgence de la situation, les représentants du personnel pourront définir les mesures de prévention à adopter, réclamer des améliorations immédiates ou lancer une démarche sur le plus long terme. Ils devront également impliquer dans leur action les autres acteurs de la prévention, l'encadrement et les salariés, afin d'établir des stratégies partagées pour la transformation des situations de travail à risque. Enfin, ils devront accompagner les salariés déjà victimes de troubles musculo-squelettiques, pour que leurs maladies professionnelles soient reconnues.

En savoir plus

Prévenir les troubles musculo-squelettiques du membre supérieur. De la réflexion à l'action. Des repères théoriques, des démarches, des outils et... des hommes, INRS, réf. ED 4056, 2000. Téléchargeable sur le site www.inrs.fr.


Gabriel Carballeda et Alain Garrigou, ergonomes
Santé & Travail n° 062 - avril 2008
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