Quitte ou double
Philippe Frémeaux
Alternatives Economiques n° 292 - juin 2010
L'euro est-il condamné? Non, si les gouvernements acceptent une meilleure coordination et une plus grande solidarité.
La crise de l'euro n'a pas surpris ceux qui, dès sa création, avaient souligné les limites d'une monnaie unique, adoptée par des Etats qui demeuraient jaloux de leur souveraineté au point de refuser toute solidarité entre eux, au-delà d'un très faible budget commun. C'est un fait: l'euro a reçu en partage toutes les ambiguïtés de la construction européenne.
Les bons esprits, notamment aux Etats-Unis, n'ont pas manqué d'expliquer que cela ne marcherait jamais. Mais l'euro a tout de même fini par voir le jour. Parce que les Etats européens, pour égoïstes qu'ils soient, partageaient aussi la conviction qu'il leur fallait adopter une monnaie commune pour ne plus subir, dans leurs rapports mutuels, les contrecoups de l'instabilité du dollar.
Les mêmes bons esprits nous expliquent aujourd'hui doctement que la zone euro n'a pas d'autre choix que de disparaître ou de se transformer en une vraie zone monétaire optimale. C'est-à-dire un espace doté d'un budget commun assurant une solidarité organique entre territoires, où les facteurs de production (capital et travail) circulent librement, afin de corriger les déséquilibres entre régions.
Restons lucides! Ce n'est pas demain la veille que l'Union aura un budget équivalent au budget fédéral des Etats-Unis. Quant à la mobilité des facteurs, elle est acquise pour le capital, mais demeure réduite pour le travail, pour des raisons culturelles évidentes. Ce qui a permis de concilier la libre circulation des personnes et le maintien d'importants écarts de revenus entre régions de l'Union, des écarts qui ne s'atténueront que progressivement.
Il faut donc faire avec. La fédération d'Etats-nations qu'est l'Union ne va pas se transformer en Etat fédéral dans les prochains mois, ni dans les prochaines années. L'euro est-il condamné pour autant? Non, si les gouvernements acceptent une meilleure coordination et une plus grande solidarité. Cette dernière doit s'affirmer bien plus fortement, et pas seulement en temps de crise. Concrètement: il faut développer le budget européen. Cet objectif est loin d'être acquis: aucun budget n'a jamais été développé uniquement pour des raisons d'efficacité macroéconomique. Il faudrait donc que les gouvernements décident de transférer au niveau communautaire le financement de certaines dépenses: grandes infrastructures, recherche, voire une partie des dépenses de défense. La contrainte environnementale justifierait également un développement du budget européen.
Quant à la coordination, son objectif devrait d'abord être de répartir les rôles entre ceux qui doivent s'ajuster et ceux qui peuvent soutenir la reprise, dans l'intérêt de tous. Là encore, ce n'est pas gagné: la coordination, sous la pression des marchés, prend aujourd'hui la forme d'une surveillance asymétrique, où les plus puissants dictent leur loi aux autres et leur imposent une rigueur drastique, sans qu'eux-mêmes assument leurs responsabilités. Si cette logique perdure et si la crise et ses conséquences sociales s'aggravent, la monnaie unique pourrait bien finir par disparaître. Parce que les peuples et leurs gouvernements considéreront avec raison que le coût de l'euro l'emporte sur ses bénéfices.
Philippe Frémeaux
Alternatives Economiques n° 292 - juin 2010
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Les budgets européens ont ainsi fait le lit des Marchés au détriment du bien-être social des populations.
Peut-être aurait-il mieux fallu ne pas mettre la charrue avant les boeufs, à savoir commencer par l'adoption d'une langue commune.
L'espéranto(la langue universelle)et sa mise en apprentissage dès le plus jeune âge aurait permis la véritable Union européenne, celle des peuples des Etats européens.
Nous aurions alors en 2010 une génération réellement européenne et opérationnelle !
La seconde étape aurait alors été celle de la création de la monnaie unique Euro venant cimenter les liens de fraternité et de solidarité des citoyens.
Nous sommes loin du compte et voici que se profile déjà l'hypothèse de la monnaie unique mondiale.
Alors, quel que soit l'avenir de l'Euro ne réitérons pas les erreurs de notre passé. Le principe de monnaie unique devrait s'établir suivant le principe d'universalité, seule et unique condition pour réaliser une véritable Union.
De même,l'Union des citoyens planétaire est possible. Elle nécessite juste une vision altruiste de l'avenir ainsi que l'avènement de Principes Fondamentaux mettant en avant le bon sens commun.
La politique serait alors menée suivant de nouvelles règles et donnerait prééminence au logos par rapport aux nomos.
L'économie revisitée intégrerait l'écologonomie pouvant être elle-même déclinée dans tous les domaines d'activités et de connaissances humains. Pourquoi pas?
Le Globo, monnaie unique planétaire contrôlée par les citoyens, pourrait-alors voir le jour...utopie?
J'ai mis en ligne l'été dernier une présentation allant dans ce sens: union-planetaire.org et sa représentation française ufpp.org
N'hésitez-pas à réagir, participer et me donner votre avis.
YB
Je m'excuse car je vais être hors-sujet.
Je viens de vous voir dans C'est dans l'air, et je vous remercie d'avoir fait face, ce qui demande une réelle maîtrise de soi dans un tel contexte.
Vous étiez seul face à trois autres intervenants de droite et à Yves Calvi qui a fait tout ce qu'il pouvait pour parler pendant vos interventions et tenter de vous rendre inaudible.
Cette émission est de plus en plus irrespirable, Sarkozy réussit à pratiquement éliminer le journalisme digne de ce nom, à la télévision comme dans tous les autres grands médias.
Mais bien sûr quand on défend ses positions comme vous le faîtes, il faut y aller.
L'émission de C dans l'air qui m'a le plus choquée était celle consacrée à la défense de la politique israélienne, après l'attaque de la flottille par Israël (9 morts et de nombreux blessés, le kidnapping de plusieurs français et le vol de leurs biens).
Je recommande à ceux qui n'ont pas vu le C dans l'air d'aujourd'hui de podcaster l'émission : vous les avez si bien renvoyés à leur réalité de caste dans la dernière minute...