Risques psychosociaux :une mission controversée


Nathalie Quéruel
Santé & Travail n° 061 - janvier 2008
couverture
Horaires décalés : salariés à contretemps
— janvier 2008 —

Alors que les partenaires sociaux vont négocier la transposition des accords européens sur le stress, la mission sur les indicateurs de risques psychosociaux confiée à Patrick Légeron et Philippe Nasse suscite de sérieuses réserves.

Les risques psychosociaux ont été au coeur de la conférence sociale du 4 octobre. Un des premiers chantiers concerne la transposition des accords européens sur le stress au travail, la violence et le harcèlement, dans laquelle doivent s'engager les partenaires sociaux. Pour Bernard Salengro, secrétaire national à la CFE-CGC, c'est une avancée: "Avec cette transposition, on progresse dans la reconnaissance du risque psychosocial, et donc de la maladie professionnelle. Mais attention, son efficacité sera dépendante du contenu: il faut se battre pour éviter une transposition a minima et aller au fond des choses en regardant l'organisation du travail, le management, la charge de travail, etc." Autre mesure? A la rentrée 2008, les futurs managers et ingénieurs devraient bénéficier d'une formation sur la santé, la sécurité et les risques psychosociaux. La Conférence des grandes écoles travaille à l'élaboration d'un référentiel commun.

Mais la disposition la plus controversée, c'est la mission confiée par le ministre du Travail à Patrick Légeron, psychiatre et directeur du cabinet de conseil Stimulus, et Philippe Nasse, statisticien et vice-président du Conseil de la concurrence. Outre la description de ces risques, les deux experts sont chargés d'étudier la pertinence d'indicateurs "nationaux et opérationnels": "Ils pourront être d'ordre médical et organisationnel, mais je ne préjuge pas des résultats du rapport que nous remettrons en février prochain, précise Patrick Légeron. Nous consulterons les partenaires sociaux, les organismes tels que la Cnam, l'INRS ou l'Anact (1), mais aussi des spécialistes comme les psychiatres Christophe Dejours ou Marie-France Hirigoyen et, enfin, les entreprises qui ont mené une réflexion sur le sujet. Nos conclusions devront être majoritairement partagées."

Des indicateurs pertinents?

Du côté de la CFDT et de la CGT, on s'étonne du choix de ces deux personnalités: "On peut craindre qu'une approche individualiste de ces problèmes soit privilégiée, estime Henri Forest, secrétaire confédéral à la CFDT. Nous aurions préféré un collectif pluraliste d'experts qui auraient croisé leur vision." On s'inquiète également de la pertinence d'indicateurs macroscopiques pour quantifier les risques psychosociaux. "Il ne faudrait pas que cela devienne le seul moyen d'aborder leur réalité. D'autres éléments existent, comme les témoignages recueillis en consultation médicale", juge Mireille Chevalier, secrétaire générale du Syndicat national des professionnels de la santé au travail (SNPST). Et Philippe Davezies, enseignant en médecine du travail, de s'interroger: "En quoi ces indicateurs vont-ils remédier à la carence des capacités de discussion sur l'organisation du travail?"

Comme en écho à ces critiques, l'INRS a sorti en décembre une brochure, Dépister les risques psychosociaux: des indicateurs pour vous guider, afin de faciliter les actions de prévention. Il s'agit de mettre en évidence les données chiffrées disponibles, liées au fonctionnement de l'entreprise (absentéisme, taux de rotation…) et à la santé de ses salariés (augmentation des visites spontanées chez le médecin du travail, par exemple): "C'est une base de départ pour aider les entreprises à construire dans le dialogue social les indicateurs qui conviennent le mieux à son activité, explique Valérie Langevin, psychologue du travail. Car ces derniers sont plus ou moins pertinents en fonction du secteur." Des indicateurs globaux permettront-ils de définir des axes d'intervention? C'est une des questions auxquelles devra répondre la mission…

(1) Cnam: Caisse nationale d'assurance maladie; INRS: Institut national de recherche et de sécurité; Anact: Agence nationale pour l'amélioration des conditions de travail.


Nathalie Quéruel
Santé & Travail n° 061 - janvier 2008
 Notes

(1) Cnam: Caisse nationale d'assurance maladie; INRS: Institut national de recherche et de sécurité; Anact: Agence nationale pour l'amélioration des conditions de travail.

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