Roms. Une histoire européenne
Bayard (261 p., 21 euros).
Robin Assous
Alternatives Internationales n° 053 - décembre 2011
En Europe, les Roms sont considérés comme d'éternels étrangers. Généralement perçus comme des vagabonds vivant dans la saleté et la promiscuité au sein d'une communauté en marge de la société, ils sont stigmatisés comme potentiellement alcooliques, voleurs, trafiquants, escrocs, prostitués ou exploiteurs d'enfants… Si le monde est pavé de préjugés à l'égard des minorités, rares sont les groupes sociaux à subir autant d'ostracisme.
Dans son ouvrage érudit, mais accessible à tout lecteur, l'historien italien Leonardo Piasere parvient à faire tomber bien des idées reçues sur ceux que les Européens appellent souvent les Tsiganes. Analysant les chiffres disponibles, l'auteur révèle par exemple que 80 % des Roms sont sédentaires, et ce depuis longtemps… S'intéressant aux mouvements du peuple rom, depuis la Grèce byzantine du XIe siècle à l'Empire ottoman, en passant par les foyers d'Europe centrale et les migrations vers l'Occident du XVe siècle (en Italie notamment, mais également en Espagne, en France ou en Irlande, et ultérieurement en Russie et en Pologne), jusqu'à l'époque contemporaine avec les congrès roms internationaux ou les conversions massives au mouvement évangélique-pentecôtiste, l'auteur retrace dix siècles de leur histoire européenne. La thèse de son livre est que les cultures roms résultent des rencontres et des affrontements entre Tsiganes et non-Tsiganes au fil des siècles.
Loin d'être théorique, ce changement de regard permet de remettre en cause nombre de représentations généralement admises et d'éclairer les origines obscures de certaines fausses généralités sur les Roms. L'image de la Tsigane sexuellement disponible est notamment qualifiée par l'historien de véritable " fantasmagorie paneuropéenne construite par les Gadjé mâles, essentiellement ". Il écrit qu'on pourrait traduire " Gadjé " par " ceux avec qui un Rom cherche à faire des affaires " et " Roms " par " ceux avec qui il peut entrer dans un circuit de dons ". Leonardo Piasere révèle ensuite que dans la mesure où " ce sont les femmes qui fréquentent le plus les Gadjé pour les besoins de leur petit commerce de porte-à-porte, ce sont elles qui doivent aussi assumer la fonction de protection de toute la communauté contre l'impureté qui peut venir de ces mêmes Gadjé. Cette prévention étant précisément assurée par le contrôle de leur propre sexualité.
L'ethnologue Patrick Williams, qui signe la préface, rappelle que la controverse scientifique perdure sur la possible origine indienne des Roms. En effet, on ne sait ni comment on les nommait, ni leur place dans la hiérarchie sociale brahmanique, ni les raisons qui ont provoqué leur migration. Alors que la question de l'origine des Roms reste une préoccupation majeure d'universitaires et d'activistes de cette communauté, Leonardo Piasere a pris le parti de dessiner une histoire de l'Europe du point de vue de cette population. Une histoire faite de politiques de sédentarisation et d'assimilation, d'esclavage, d'expulsion et même d'extermination. Dès lors qu'avec 5 à 10 millions d'individus, les Tsiganes constituent la première minorité de l'Union européenne, la lecture de ce livre est indispensable pour qui s'intéresse à la construction de l'Europe et à l'avenir de la démocratie en son sein.
Bayard (261 p., 21 euros).
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