Sida : tenir les engagements
Jean-Paul Moatti, professeur d'économie de la santé, université Aix-Marseille II
Alternatives Economiques n° 291 - mai 2010
En moins de dix ans, des progrès sans précédent ont été accomplis dans la lutte contre le sida. Plus de 4 millions de personnes bénéficient de traitements antirétroviraux efficaces, dont 3 millions en Afrique, continent qui concentre les deux tiers des 34 millions de personnes vivant avec le virus dans le monde. Malheureusement, ces progrès restent insuffisants. L'OMS vient de préconiser une mise sous traitement plus précoce des malades. 8 millions de personnes supplémentaires auraient un besoin immédiat d'antirétroviraux. Surtout, nous perdons toujours la course de vitesse avec le virus : pour deux personnes mises sous traitement, ce sont cinq nouvelles infections qui surviennent.
Or, au prétexte de la crise, les pays développés hésitent à dégager les moyens nécessaires. Un des scénarios « réalistes » établis par le Fonds mondial de lutte contre le sida mise sur un total de 13 milliards de dollars pour les trois années 2011-2013, soit une augmentation de 30 % par rapport à la période précédente. Mais c'est au minimum un doublement des moyens du Fonds, soit 20 milliards de dollars sur trois ans, qui serait nécessaire pour garder le cap d'un accès universel à la prise en charge du sida, un engagement maintes fois répété par le G8, le G20 et les Nations unies.
Or, une modeste taxe « Robin des Bois » (voir www.coalitionplus.org) de 0,005 % sur les transactions de change interbancaires des quatre principales monnaies dégagerait de 40 à 60 milliards de dollars par an. En tenant ou non leurs engagements financiers contre le sida, c'est donc bien un choix de civilisation que feront les gouvernements des pays riches.
Jean-Paul Moatti, professeur d'économie de la santé, université Aix-Marseille II
Alternatives Economiques n° 291 - mai 2010
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