Dossier Toxicologie

Soudage à l'arc : des fumées toxiques et cancérogènes

Gérard Lasfargues, Professeur en médecine du travail | Dossier Web n° 068 - mai 2008

Le soudage à l'arc n'est pas sans risque. Selon le procédé et les matériaux utilisés, les fumées de soudage peuvent en effet contenir de nombreuses substances toxiques. S'il était déjà avéré que ces fumées pouvaient provoquer des atteintes respiratoires, il n'y a aujourd'hui plus guère de doute sur leur cancérogénicité pour le poumon.

Les activités profession nelles de soudage à l'arc sont aujourd'hui très diversifiées. Il existe en effet de multiples procédés de soudage et opérations connexes, qui ont pour caractéristique commune la mise en oeuvre de hautes températures pour permettre la fusion de matériaux métalliques. Les plus courants restent le soudage à l'arc manuel avec élec trode enrobée (MMA), celui sous gaz avec électrode de tungstène (TIG) et celui sous gaz avec fil-électrode plein (procédés MIG, MAG). Cer tains procédés sont particulièrement polluants comme le soudage à l'arc avec fil-électrode fourré (pro cédé FCAW). D'autres procédés modernes, tels que le soudage plasma, sont de plus en plus rencontrés.

Une composition variable des fumées de soudage

La variété de ces procédés expli que la variabilité de la composition des fumées de soudage, qui contiennent des poussières et gaz polluants. Leur composition dépend notamment des métaux constitutifs des pièces assemblées, du revêtement et des résidus de produits présents sur les faces à souder. Se décomposant sous l'action de la chaleur, certains de ces produits - tels les peintures ou enduits, les solvants dégraissants, les huiles, les revêtements de matières plastiques - sont particulièrement toxiques. Les fumées renferment aussi les oxydes métalliques des pièces soudées et/ou des métaux présents sur le revêtement (zinc, cadmium, oxydes de plomb).

Les fumées issues du soudage sur acier doux sont ainsi constituées majoritairement d'oxydes de fer et de petites quantités des métaux d'addition (chrome, nickel, manganèse, molybdène, vanadium, ti tane, cobalt, cuivre, etc.). Selon les données scientifiques, les fumées de soudage des aciers inoxydables renferment davantage de chrome, notamment sous sa forme hexavalente, et de nickel mais moins de fer. Les fumées produites par le soudage avec un flux contenant de la silice ou du fluorure renferment de la silice amorphe ainsi que des silicates et des fluorures métalliques. Le soudage d'alliages de nickel produit des fumées qui contiennent beaucoup de nickel et très peu de fer.

De nombreuses données de me su res atmosphériques sont disponibles. Elles révèlent des dépassements fréquents des valeurs li mi tes d'exposition admises pour ces différents composés, notamment dans les activités de sou dage en atmosphère confinée. Qui plus est, les mesures préventives sur le plan respiratoire s'avèrent insuffisantes dans de nombreuses situations de travail. Les risques respiratoires liés aux activités de soudage sont pourtant bien connus: asthmes, broncho pathies et risques de pneumoconiose, en particulier de sidérose due à l'inhalation d'oxydes de fer. Ces risques "clas siques" sont toujours d'actualité, compte tenu de la banalisation de ces activités. Au-delà, la question du risque génotoxique et cancérogène se pose également aujourd'hui.

Gare aux nanoparticules

Jusqu'à présent, le niveau de preuves apporté par les études épidémiologiques chez l'homme a été considéré comme "limité". Pourtant, depuis les années 1990, ces études font régulièrement apparaître un excès de risque de cancer broncho-pulmonaire (CBP) chez les soudeurs (voir encadré), notamment pour ceux travaillant sur aciers doux ou inoxydables. Concernant les soudeurs sur acier inoxydable, cet excès de risque peut être potentiellement rap porté à l'exposition à des métaux à risque cancérogène (chrome hexavalent, dérivés du nickel, etc.). Parmi les composés à risque communs aux activités de soudage sur acier inox et doux, la responsabi lité des nanoparticules et des hydrocarbures polycycliques aromatiques (HPA) est également évoquée.

Des études révèlent un risque de cancer broncho-pulmonaire

Un excès de risque significatif de cancer broncho-pulmonaire (CBP) de 34% pour l'ensemble des soudeurs. C'est ce que révélait, dans les années 1990, une étude multicentrique européenne réalisée par le Centre international de recherche sur le cancer (Circ). Cette étude, menée chez plus de 11000 travailleurs, avait notamment signalé un excès de mortalité plus marqué chez les soudeurs sur acier doux (ratio standardisé de mortalité, SMR = 1,78). Comme des expositions à l'amiante avaient pu contribuer à cet excès de mortalité, le Circ a finalement décidé de classer les fumées de soudage dans le groupe 2B (cancérogène possible chez l'homme).

Depuis, le risque de CBP lié aux activités de soudage et de découpage de métaux a été largement investigué. Ainsi, une méta-analyse a été publiée en 1997 (Moulin et collaborateurs), regroupant 18 études cas-témoins et 30 études de cohorte. Quatorze études étaient focalisées sur les soudeurs des chantiers navals. Là encore, un excès de risque relatif de CBP de plus de 30% était retrouvé pour l'ensemble des soudeurs et ceux des chantiers navals. Pour ceux travaillant sur acier doux et sur acier inox, l'excès de risque atteignait même 50%. Néanmoins, les facteurs de confusion potentiels pour expliquer ces résultats, notamment les expositions professionnelles à l'amiante ou le tabagisme, n'ont pu être écartés ou pris en compte complè-tement. Cela a été fait dans des études plus récentes.

C'est le cas pour une étude américaine menée par le NIOSH (National Institute of Occupational Safety and Health), qui a actualisé les données de mortalité par cancer chez des soudeurs sur acier doux n'ayant pas été exposés à l'amiante. Cette étude a révélé un excès de mortalité par CBP de 46% chez les soudeurs, en comparaison avec la population générale américaine. Le facteur amiante étant écarté, le tabagisme ne peut expliquer qu'une partie de cet excès de cancers. En l'absence de relation statistiquement significative entre la durée d'exposition aux fumées de soudage et l'augmentation du risque de cancer, les auteurs ont clairement suggéré un excès de risque lié au soudage sur acier doux, mais n'ont pu conclure de manière formelle.

Les données de ces différentes études sont donc assez homogènes. Elles mettent en évidence un excès de risque global de CBP chez les soudeurs par rapport à la population générale, mais avec des difficultés à confirmer une relation dose-effet entre niveaux et durées d'exposition aux fumées de soudage et risque de cancer.

Les nanoparticules sont des particules dérivées de la combustion, de dimension inférieure à 100 nm. Elles sont retrouvées dans les fumées de soudage ou dans d'au-tres fumées dont on connaît le risque cancérogène avéré, comme les gaz d'échappement diesel. Plusieurs études ont confirmé un effet marqué des nanoparticules des fumées de soudage sur l'inflammation pulmonaire et sur le stress oxydatif (production de radicaux libres). Le risque génotoxique constaté pourrait résulter de l'inter-action primaire directe des HPA avec l'ADN cellulaire et/ou de cassures de brins d'ADN sous l'effet des radicaux libres. Par ailleurs, le caractère génotoxique des fumées de soudage a pu être mis en évidence, notamment à partir d'études révélant des excès d'aber rations chromosomiques dans différents groupes de soudeurs.

Mieux évaluer les risques

Le risque génotoxique et cancérogène lié au soudage à l'arc, ainsi que le risque respiratoire encore trop souvent banalisé ou négligé, devrait inciter à mieux conduire les actions d'évaluation des risques concernant cette activité. Une évaluation qui devra tenir compte des procédés utilisés et des circonstances d'exposition. Les concentrations atmosphériques d'HPA doivent notamment être prises en compte dans l'analyse de l'environnement de travail des soudeurs. Au final, de nombreuses données convergent pour amener à une réelle reconnaissance des CBP liés aux activités de soudage. Avec l'objectif d'en améliorer la prévention collective et individuelle.

Gérard Lasfargues, Professeur en médecine du travail | Dossier Web n° 068 - mai 2008
 Commentaires
travail, le 22/04/2010 à 23:54
j ai 24 ans j abite au maroc je suis diplomme et aussi j ai boucoup de atistation de travail et voila mon gsm 00212641013375 et je remerci touta voncier et je suis a ta depsition et merci
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