The Theory of Price Control. John Kenneth Galbraith's Contribution

The Theory of Price Control. John Kenneth Galbraith's Contribution, Review of political economy
Review of political economy vol. 20, n°4, octobre 2008.

Christian Chavagneux
Alternatives Economiques n° 275 - décembre 2008

Les débats théoriques sur le contrôle des prix montre que, pour avoir mauvaise presse, cette politique a pu montrer son efficacité.

Si vous voulez hérisser le poil d'un économiste standard, demandez-lui ce qu'il pense des politiques de contrôle des prix. Dans l'approche économique dominante, les prix sont la source d'informations essentielles permettant aux acteurs économiques de prendre leurs décisions: si vous y mettez l'Etat, vous cassez simplement l'économie de marché, c'est une hérésie! Revenant sur les débats économiques suscités par ce genre de mesure et sur la façon dont elles ont été mises en oeuvre dans les années 40, Stéphanie Laguérodie et Francisco Vergara montrent dans le dernier numéro de la Review of Political Economy que ce supposé consensus anti-contrôle des prix n'en est pas un.

Prenez Adam Smith par exemple. Il voulait un système d'éducation publique à bas prix, accessible à tous, et un maximum légal sur les taux d'intérêt. Plus proche de nous, l'économiste britannique Arthur Cecil Pigou écrivait que des prix plafonds "aident un gouvernement à contenir la menace ultime d'une inflation galopante". L'Américain John Kenneth Galbraith reste bien entendu avec son ouvrage de 1952 (A Theory of Price Control), fruit de son rôle de contrôleur des prix dans le gouvernement Roosevelt, comme le principal penseur sur le sujet. Le seul à y avoir réfléchi sérieusement même, d'après son opposant de toujours Milton Friedman. Le seul? A part Smith et Pigou, Frank Taussig, John Maynard Keynes, Michal Kalecki, Alvin Hansen et Tibor Scitovsky se sont tous penchés sur le sujet, objectent les deux auteurs. Friedman avait la mémoire sélective…

La Seconde Guerre mondiale a donné un coup de fouet à l'économie américaine, dont les capacités de production ont été rapidement dépassées, suscitant une forte hausse des prix. La question s'est alors posée aux Etats-Unis de mettre en oeuvre ou non une politique de contrôle des prix. Les experts, Galbraith compris, pensaient alors que la meilleure politique consistait à surveiller les marchés, à repérer les hausses importantes et à intervenir, après une analyse sectorielle, marché par marché, pour calmer les tensions. Dès le début, les prix des pneus en caoutchouc ont dérapé et le gouvernement est intervenu. Mais, rapidement, tous les prix se sont mis à flamber et l'approche au cas par cas s'est révélée inadéquate. D'autant plus qu'une politique de contrôle général des prix mise en oeuvre au Canada s'avérait particulièrement efficace.

Le 28 avril 1942, le gouvernement Roosevelt engage donc une nouvelle politique de contrôle général des prix: désormais, toute entreprise désirant vendre plus cher que le prix du marché de mars 1942 devait le justifier pour être autorisée à le faire. Nombre de belligérants allaient bientôt engager ce genre de politique. Sans que leur économie s'écroule pour autant. En ce qui concerne les Etats-Unis, le fait que la production ait alors été contrôlée par de grandes sociétés en position d'oligopole a facilité la mise en oeuvre de la mesure et de son contrôle.

Après la guerre, les gouvernements démocrates de John Fitzgerald Kennedy, de Lyndon Johnson et de Jimmy Carter auront recours à des mesures légères de contrôle des prix, tandis que le gouvernement républicain de Richard Nixon surprendra tout le monde en imposant un gel des prix et des salaires de 90 jours en 1971. Mis à part ces rares exemples, les politiques de contrôle des prix ont été peu utilisées dans les grandes économies.

Les deux auteurs soulignent que ce genre de mesures est destiné à gagner du temps face à un dérapage inflationniste et ne peut être imposé que de manière temporaire. Néanmoins, ils suggèrent aux gouvernements de ne pas se priver de cet outil lorsqu'ils sont confrontés, par exemple, à de brusques hausses des prix alimentaires ou de l'énergie: maximum légaux pour tels ou tels prix ou pour leurs variations, gel temporaire des hausses, pression morale, etc., les instruments disponibles sont variés. Et pour la finance? Même au plus chaud de la crise financière, aucun gouvernement n'a eu recours à une politique de contrôle des prix des actifs financiers.

The Theory of Price Control. John Kenneth Galbraith's Contribution, Review of political economy
Review of political economy vol. 20, n°4, octobre 2008.

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