Un plan d'action mondial pour la santé au travail
Martine Rossard
Santé & Travail n° 059 - juillet 2007
L'Organisation mondiale de la santé, l'Organisation internationale du travail et les organisations représentant les employeurs et les salariés s'associent pour mettre en oeuvre un plan décennal de santé au travail.
La soixantième assemblée générale de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a adopté en mai un plan mondial en faveur de la santé au travail pour la période 2008-2017. La résolution exhorte les 193 pays membres à améliorer l'accès et l'efficacité des services de santé pour les travailleurs, à développer la prévention et à intégrer la question de la santé au travail dans les politiques d'éducation, d'emploi ou de développement. Le Dr Ivan Ivanov, expert dans l'équipe "médecine du travail" de l'OMS à Genève, estime qu'il s'agit d'un document "historique" car il fait prévaloir le point de vue de santé publique sur le lieu de travail. "Tous les gouvernements sont invités à assujettir les travailleurs à la médecine du travail", souligne-t-il, en précisant que le taux de couverture devrait passer de 15% aujourd'hui à 25% d'ici cinq ans. A défaut de service de médecine du travail, il est souhaité que les services de soins de santé primaire assurent un contrôle des lieux de travail. Ou que des salariés soient formés pour aider leurs collègues à prévenir les risques et à améliorer les conditions de travail, comme cela se fait en Thaïlande.
Coopération internationale. L'exécution du plan mondial est prévue en coopération avec l'Organisation internationale du travail (OIT), qui a participé à son élaboration. "Non seulement les ministres de la Santé des pays membres, mais aussi les organisations d'employeurs et de travailleurs vont être impliqués dans sa mise en oeuvre", déclare le Dr Igor Fedotov, spécialiste des questions de santé et de sécurité au travail à l'OIT. Il ajoute que la surveillance médicale doit être rapidement développée pour connaître les expositions. Car, pour des raisons économiques et faute de voir les conséquences sur la santé des travailleurs, l'amiante ou d'autres produits dangereux continuent à être utilisés. C'est le cas notamment en Inde, au Vietnam ou en Thaïlande, sans compter l'Indonésie où des débris de bâtiments amiantés, détruits par le tsunami de 2004, servent à la reconstruction. Si le Bureau international du travail (BIT) appelle à l'interdiction de la production de l'amiante, l'OMS cherche seulement à limiter les conséquences de son utilisation pour la santé. "Nous ne sommes pas l'Organisation mondiale du commerce", soupire Ivan Ivanov.
La sensibilisation des pays en développement et intermédiaires aux risques professionnels passe notamment par des ateliers, avec la participation d'experts. Mais ces pays manquent de médecins, notamment de médecins du travail. "La mondialisation du marché du travail a contribué à l'exode massif des personnels de santé qui quittent des pays ayant investi dans leur formation", déplore le Dr Margaret Chan, directrice générale de l'OMS. Elle souligne également que le tiers de la population mondiale n'a pas accès aux interventions essentielles en matière de santé, notamment en Afrique. Sur ce continent, seuls 5% des travailleurs ont l'opportunité de voir un médecin du travail. Et, même quand ils migrent vers les pays riches, cette opportunité reste rare. Un défi à relever pour les partenaires sociaux qui souhaitent confirmer le droit à la santé pour tous les travailleurs.
Martine Rossard
Santé & Travail n° 059 - juillet 2007
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