Un plan jeunes peu ambitieux


Camille Dorival
La lettre de l'insertion n° 010 - mai 2009
couverture
La Lettre de l'insertion de mai 2009
— mai 2009 —

Le 24 avril dernier, Nicolas Sarkozy détaillait son « plan d'urgence » en faveur de l'emploi des jeunes. Les mesures prévues s'adressent essentiellement aux entreprises du secteur marchand. Ainsi, des primes seront attribuées aux employeurs embauchant des jeunes en contrats d'apprentissage et de professionnalisation ; une aide exceptionnelle sera versée aux entreprises qui embaucheront des stagiaires en CDI ; 50 000 contrats initiative emploi (CIE) supplémentaires seront financés en direction des jeunes.

Le chef de l'Etat compte en revanche très peu sur le développement de l'emploi dans le secteur non marchand (emplois publics et secteurs associatif). Car ce ne serait pas compatible avec l'obsession sarkozyenne de réduire les emplois publics, considérés comme des facteurs de coûts et non comme des sources de création de richesses. La seule mesure qui s'adresse au secteur non marchand consiste en une hausse du nombre de contrats d'accompagnement dans l'emploi (CAE) : 30 000 CAE supplémentaires seront financés, en direction des jeunes (1). Mais, a précisé Nicolas Sarkozy, ces contrats devront permettre à leurs titulaires d'acquérir des compétences transférables, pour que ces derniers puissent ensuite trouver des débouchés dans le secteur concurrentiel, seul capable d'offrir de « vrais » emplois à ses yeux.

Par ailleurs, comme le rappelle Michel Abhervé (2), le président de la République demande aux entreprises de développer les contrats d'apprentissage, mais il ne prévoit pas d'appliquer cette règle à l'Etat. Or, en 2005 (dernières données disponibles), l'ensemble des fonctions publiques n'employaient que 4 300 apprentis, sur près de 300 000 contrats d'apprentissage comptabilisés en France. Si l'objectif de 2,5 % de salariés en alternance leur était imposé, comme pour les entreprises de plus de 250 salariés, cela permettrait la création de 50 000 postes !

Des effets d'aubaine

Les aides à l'emploi public seraient pourtant en réalité les seules susceptibles de favoriser des créations nettes d'emplois. Car il ne suffit pas de verser des aides à une entreprise pour qu'elle crée un emploi ; il faut aussi qu'elle ait un carnet de commande suffisant pour se le permettre. Les aides accordées aux entreprises risquent donc surtout de créer des « effets d'aubaine » : certes, les entreprises embaucheront des jeunes pour profiter des aides, mais sur des postes qu'elles auraient de toute façon créés et proposés éventuellement à des moins jeunes. Au final, cela aboutira peut-être à réduire le taux de chômage des jeunes, mais au détriment de celui d'autres catégories de population.

Dans l'emploi public et associatif, les besoins ne manquent pourtant pas - notamment pour répondre à des besoins sociaux non satisfaits -, mais ce sont souvent les moyens pour les financer qui font défaut. C'est d'ailleurs devant ce constat que le gouvernement socialiste avait créé les emplois-jeunes en 1997, avec le succès que l'on connaît.

D'autres mesures annoncées concernent l'accompagnement des jeunes vers la qualification et l'emploi. Nicolas Sarkozy souhaite ainsi augmenter le nombre de places dans les écoles de la deuxième chance, qui obtiennent des résultats tout à fait satisfaisants dans la formation les jeunes peu qualifiés (3). Ces places seront portées de 5 000 aujourd'hui à 12 000 d'ici à 2010.

Parallèlement, un « contrat d'accompagnement formation » sera proposé, à la rentrée 2009, à 50 000 jeunes suivis par Pôle emploi ou les missions locales. Il prévoira des actions de formation sur des métiers porteurs, ainsi que des périodes en entreprises, avec accès au statut de stagiaire de la formation professionnelle et à la rémunération qui l'accompagne. Cependant, on ne sait pas comment ce nouveau contrat s'articulera avec le Civis mis en œuvre par les missions locales, et avec le « contrat d'autonomie » créé par le gouvernement actuel dans les quartiers « Politique de la ville » et confié à des opérateurs privés.

« Déprécariser » les stages

Nicolas Sarkozy souhaite aussi proposer au Parlement des évolutions législatives visant à réformer les stages et à les « déprécariser ». Les stages devront être rémunérés à partir d'une durée de deux mois (au lieu de trois actuellement), à hauteur d'au moins 30 % du Smic. Et cette règle sera désormais applicable dans les fonctions publiques, qui jusque-là n'avaient aucune contrainte en la matière.

Au final, aucune aide directe supplémentaire n'est prévue pour les jeunes eux-mêmes, qui devraient pourtant être les premiers visés. Ils continuent à être exclus des minima sociaux, et restent très mal indemnisés par l'assurance chômage, alors même que leur taux de chômage est plus de deux fois supérieur à celui de l'ensemble de la population active.

En savoir plus

« Chômage : les jeunes en péril », dossier d'Alternatives Economiques n° 280, mai 2009, accessible sur www.lettre-insertion.fr/chomage--les-jeunes-en-peril_fr_art_837_43011.html

(1) Par ailleurs, le gouvernement a annoncé, en avril, le relèvement du taux de prise en charge des CAE par l'Etat : il passera à 90 % pour tous les CAE, contre 70 % en moyenne auparavant. Cela n'empêchera pas un taux de prise en charge supérieur dans certains cas précis, notamment pour les ateliers et chantiers d'insertion, pour lesquels il atteint parfois 95 %, voire 105 % dans certaines régions.

(2) Voir « Le programme d'urgence pour l'emploi des jeunes : une logique de rattrapage. A quand une logique d'anticipation ? » et « Complémentarité des mesures et implication de l'Etat : les conditions de la crédibilité du programme Jeunes », sur le blog de Michel Abhervé, www.alternatives-economiques.fr/blogs/abherve

(3) Sur l'école de la deuxième chance de Marseille, voir « Une école pour former les jeunes non qualifiés », La lettre de l'insertion par l'activité économique n° 119, novembre 2006, www.lettre-insertion.fr/une-ecole-pour-former-les-jeunes-non-qualifies_fr_art_606_32777.html


Camille Dorival
La lettre de l'insertion n° 010 - mai 2009
 Notes

(1) Par ailleurs, le gouvernement a annoncé, en avril, le relèvement du taux de prise en charge des CAE par l'Etat : il passera à 90 % pour tous les CAE, contre 70 % en moyenne auparavant. Cela n'empêchera pas un taux de prise en charge supérieur dans certains cas précis, notamment pour les ateliers et chantiers d'insertion, pour lesquels il atteint parfois 95 %, voire 105 % dans certaines régions.

(2) Voir « Le programme d'urgence pour l'emploi des jeunes : une logique de rattrapage. A quand une logique d'anticipation ? » et « Complémentarité des mesures et implication de l'Etat : les conditions de la crédibilité du programme Jeunes », sur le blog de Michel Abhervé, www.alternatives-economiques.fr/blogs/abherve

(3) Sur l'école de la deuxième chance de Marseille, voir « Une école pour former les jeunes non qualifiés », La lettre de l'insertion par l'activité économique n° 119, novembre 2006, www.lettre-insertion.fr/une-ecole-pour-former-les-jeunes-non-qualifies_fr_art_606_32777.html

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