Voyages du développement. Emigration, commerce, exil Sous la dir. de Fariba Adelkhah et Jean-François Bayart
Karthala, coll. Recherches internationales (368 p., 26 euros).
YAnn Mens
Alternatives Internationales n° 038 - mars 2008
Des Marocaines qui à peine sorties de Ceuta ôtent sur un terrain vague plusieurs couches des vêtements qu'elles ont achetés dans l'enclave espagnole pour les revendre sur les marchés du pays. Des entrepreneurs turcs en Europe qui, de salariés migrants, sont devenus prospères entrepreneurs et dont les norias de camions transportent des marchandises depuis leur pays natal. Des étudiants algériens et des femmes de hauts fonctionnaires tunisiens qui croisent en Méditerranée pour rapporter de la rive Nord les produits chic qui font rêver celle du Sud ou des biens plus ordinaires. Des réfugiés afghans en Iran qui de retour chez eux créent des réseaux d'affaire très personnalisés de Dubaï à l'Ouzbékistan en passant par l'Inde et Téhéran… La planète est en mouvement perpétuel, parcourue de voyageurs pour qui la migration devient parfois un mode de vie permanent et dont les motivations mêlent nécessités matérielles, goût de l'aventure, ambition individuelle, ou encore piété, tant les pèlerinages peuvent être aussi une occasion de business. C'est cette circulation multiple au travers des frontières géopolitiques, ethniques ou confessionnelles, l'une des facettes de la mondialisation les plus sous-évaluées par les économistes notamment (mais pas par les douaniers qui prélèvent leur dîme) qu'analysent avec grande finesse les huit auteurs rassemblés ici sous la houlette de Fariba Adelkhah et Jean-François Bayart. Un seul regret: l'éditeur aurait aidé le lecteur en incluant des cartes dans certains chapitres.
Karthala, coll. Recherches internationales (368 p., 26 euros).
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